IL Y A 65 ANS, LE MASSACRE DE MARZABOTTO

Posté le 4 octobre, 2009 dans Massacres et attentats

La succession d’actions terroristes conçues par le commandant des forces allemandes en Italie, Albert Kesselring, pour protéger la retraite des défenseurs de la Ligne Gothique – qui coupait l’Italie en deux, de Massa-Carrara à Pesaro – et exécutées par le plus grand « spécialiste » des SS, Walter Reder, à la tête du 16ème Panzergrenadiere « Reichsführer » se conclurent, le 29 septembre 1944, au pied du Monte Sole où œuvrait la brigade partisane « Stella Rossa » qui, ne disposant ni d’hommes en nombre suffisant ni d’armes lourdes, tenta vainement de s’opposer au massacre, perdant tout de suite son commandant Mario Musolesi, dit Lupo.



A Marzabotto, Grizzana et Vado di Monzuno, où seuls survécurent deux enfants, Fernando Piretti (8 ans) et Paolo Rossi (6 ans), ainsi que l’institutrice de maternelle, Antonietta Benni – qui avait réussi à feindre la mort pendant 32 heures –, 1839 civils sans armes furent massacrés, dont beaucoup étaient très jeunes: 95 d’entre eux avaient moins de 16 ans, 110 moins de 10 ans, 8 avaient à peine un an, et 16 étaient dans leur première année, dont un avait seulement deux semaines, Walter Cardi. Les habitants de la région continuèrent à mourir pendant les 22 ans qui suivirent à cause des mines disséminées par Reder: de 1944 à 1966, 55 personnes en furent victimes.

La marche de la mort du commando d’assassins conduits par le « manchot » (c’est ainsi que l’on appelait le major autrichien Walter Reder après qu’il avait perdu l’avant-bras gauche à Charkov, en Russie) avait commencé le 12 août 1944 avec la tuerie de 560 civils à Sant’Anna Stazzema et avait continué dans toute la Lunigiana pour se conclure dans la région de Bologne, laissant derrière elle une rivière de sang versé par 3 000 cadavres de vieillards, de femmes et d’enfants: les villages traversés furent – entre autres – Gragnola, Monzone, Santa Lucia, Vinca.

Mais les Allemands n’étaient pas seuls: en Lunigiana, une bande de « chemises noires » de Carrare les avaient rejoints, apportant une aide puissante à cette entreprise. En 1946, la Cour d’Assises de Brescia jugea deux d’entre eux – les miliciens de la république de Salo’ Lorenzo Mingardi et Giovanni Quadri – pour collaboration, homicide, incendie et dévastation, condamnant le premier à la peine de mort (transformée ensuite en prison à vie) et le second à une peine d’emprisonnement de 30 ans (réduite ensuite à 10 ans et 8 mois). L’amnistie qui suivit les remit en liberté en même temps que d’autres dizaines de milliers de criminels fascistes.

Walter Reder qui avait réussi à filer en douce après la Libération en se réfugiant en Bavière fut arrêté par les Américains et extradé en 1948 en Italie sous l’accusation de crimes de guerre. Jugé en 1951, il fut condamné à la perpétuité par le Tribunal de Bologne, à accomplir au pénitencier de Gaeta (où accomplissait la même peine Herbert Kappler, responsable, entre autres, du massacre des Fosses Ardéatines) avec tous les privilèges dus à son « rang » d’officier prisonnier de guerre, ordonnance italienne comprise.

Le gouvernement autrichien ne cessa jamais de réclamer sa libération et réussit à l’obtenir le 24 janvier 1985 où Reder fut remis en liberté grâce à une lettre envoyée aux habitants de Marzabotto en décembre 1984 dans laquelle il exprimait un profond repentir et regret de son geste: immédiatement transféré à Vienne, il fut reçu avec les honneurs militaires par le ministre de la défense autrichien de l’époque et retira tout de suite les excuses adressées au peuple italien qu’il n’avait prononcées – selon ses propres dires – que par opportunisme politique.

La mémoire historique n’est jamais inutile, surtout dans un pays comme l’Italie, gouverné par une joyeuse bande de néofascistes, xénophobes et racistes, cultivant le révisionnisme le plus éhonté, soutenant les théories fantaisistes selon lesquelles partisans et miliciens de la République de Salo’ seraient à mettre en quelque sorte sur le même plan, joyeuse bande conduite par un personnage tel que Silvio Berlusconi.

Il y a quelques jours, lors de la fête de la « Jeune Italie », mouvement de jeunesse de sa plus récente création politique – le Peuple de la Liberté –, le vieux satyre a conseillé aux jeunes Italiens qui applaudissaient frénétiquement son discours de 90 minutes la lecture d’un livre publié par un certain Sandro Fontana, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Brescia, ancien vice-président du Parlement européen, actuel président de la fondation Micheletti de Brescia et collaborateur du Corriere della Sera qui aurait, entre autres mérites, si l’on en croit ses dires, celui de reconstruire dans sa réalité le massacre de Marzabotto sans céder à des instrumentalisations (il est facile d’imaginer lesquelles).

La Résistance continue.

Giustiniano Rossi

traduit de l’italien par marieclaude

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