DEUX POIDS, DEUX MESURES?

Posté le 5 décembre, 2009 dans Nucléaire

En sextuplant le nombre de ses installations actuelles, l’Iran a annoncé le 29 novembre qu’il allait se doter de dix nouveaux sites d’enrichissement de l’uranium et qu’il entendait produire de l’uranium enrichi à 20% – limite entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire – , soulevant un chœur de protestations de la part des pays occidentaux, en particulier des états nucléaires, et de la part du Conseil de sécurité de l’ONU qui exige depuis 2006 la suspension du programme nucléaire iranien.

Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA, l’Agence Internationale pour l’Energie Atomique, a récemment voté une résolution qui invite l’Iran à cesser immédiatement les travaux sur le site nucléaire de Qom et l’on se demande si l’Iran en arrivera à une rupture totale avec l’AIEA, suivant en cela l’exemple de la Corée du Nord qui avait, en 2003, expulsé les inspecteurs internationaux et annoncé son retrait du TNP (Traité de Non Prolifération).

Un jour oui, un jour non, la paix mondiale semble dépendre de l’humeur imprévisible du président iranien Mahmoud Ahmadinejad ou de celle, encore plus impénétrable, de Kim-jong-il, ayant succédé en 1994 à son père, Kim-il-sung, qui avait dirigé le pays de 1948 à 1994, à la tête de la République populaire démocratique de Corée.

Le cirque médiatique international, généreux en informations quand il s’agit du programme nucléaire iranien ou nord-coréen, ne se soucie guère de la donnée selon laquelle Israël – c’est la très sérieuse Arms Control Association qui l’affirme – dispose d’un arsenal de 75 à 200 armes atomiques dont le transport peut être assuré par les missiles Jéricho, par les avions F15 et F16 ou par les sous-marins de fabrication allemande de la classe Dolphin.

Sortira bientôt sur les écrans un film sur la vie de Shimon Pérès, né en 1923, qui – après être passé en 2005 du Parti travailliste de ses jeunes années au parti Kadima fondé par le vieux faucon Ariel Sharon – est le 9ème président d’Israël depuis 2007, a obtenu le prix Nobel de la paix en 1994 avec Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, a été vice-ministre de la Défense de 1959 à 1965, ministre de 1969 à 1977, premier ministre une première fois en 1977, une seconde fois de 1984 à 1986 et une troisième fois (après avoir été ministre de 1986 à 1995) à la suite de l’assassinat de Yitzhak Rabin par Ygal Amir.

Membre de Haganah depuis 1947, Pérès devient directeur général de la Défense en 1953, initiant en 1954 une fructueuse collaboration avec la France dans la lutte contre l’ennemi commun, l’Egypte de Nasser que les Français accusaient de soutenir le FLN algérien: en 1956, l’Etat français, dont le gouvernement était présidé par le socialiste Guy Mollet, fait d’Israël la sixième puissance atomique mondiale en lui fournissant le premier réacteur nucléaire, celui de Dimona.

On parle dans le film de l’option Samson, c’est-à-dire de la capacité d’Israël à utiliser le nucléaire – que l’Etat juif a toujours nié posséder – dont l’objectif, affirme Pérès avec une extrême désinvolture, « est d’empêcher la destruction d’Israël, ce qui, jusqu’ici, a bien fonctionné et qui, je l’espère, continuera à fonctionner dans l’avenir ».

C’est précisément au moment où la perspective de l’entrée de l’Iran dans le club atomique prend corps que Pérès parle des deux centres de recherche nucléaire israéliens (Sorek, prés de Yavneh, au sud de Tel Aviv et Dimona, dans le Negev, au sud-est de Bersheba) et de la décision prise en son temps de construire celui de Sorek au grand jour alors que celui de Dimona avait été construit en secret.

On se demande pourquoi l’ONU qui souligne – par exemple – le manque de respect de la liberté d’expression et de la liberté des femmes de la part de l’Iran, ne fait pas la même chose en ce qui concerne l’Arabie Saoudite, ou pourquoi, tandis qu’elle exige une enquête sur le coup d’état au Honduras contre un président élu selon les règles, elle ne demande pas des comptes aux USA sur les élections de 2000 et de 2004, ou, encore, pourquoi elle prétend que l’Iran se soumette à un contrôle absolu de ses programmes nucléaires alors qu’elle ignore Israël et d’autres pays dotés de l’arme atomique, comme l’Inde ou le Pakistan.

On a du mal à comprendre la cohérence des grands médias qui régurgitent des informations de plus en plus préoccupantes sur le contentieux entre l’Iran (ou la Corée du Nord) et l’AIEA mais sont extrêmement avares de détails à propos de la décision que celle-ci a adoptée le 18 septembre 2009 par 49 vois contre 45 et qui souligne que l’Etat d’Israël s’est doté de la bombe atomique sans que la communauté internationale ne lui ait demandé ni ne lui demande des comptes.

Giustiniano Rossi
traduit de l’italien par marieclaude

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