Le désastre écologique du fleuve Lambro

Posté le 25 février, 2010 dans Catastrophes, environnement

Le déversement dans le Lambro d’énormes quantités de gasoil des citernes de la raffinerie de Villasanta peut représenter le coup de grâce pour un fleuve dans un état honteux de dégradation depuis des décennies. Mais la vague noire, qui en attendant poursuit  son chemin, représente une menace très grave non seulement pour les habitants des communes riveraines, mais pour tout l’écosystème du Parc régional de la Vallée du Lambro, du Parc de Monza (le plus grand Parc urbain d’Europe et l’une des plus belles zones naturalistes-paysagistes de la Lombardie) et surtout pour le plus vaste écosystème du Po, avec des dommages environnementaux en chaîne, au long de centaines de kilomètres en aval, qui n’épargneront même pas quelques sites d’intérêt communautaire (SIC) présents le long du Po.

Les espèces aquatiques sont les premières frappées, les poissons, les canards sauvages, les colonies de hérons qui ont commencé, justement ces jours-ci, à nidifier sur les rives du Po. Les animaux repêchés sans vie  se comptent par dizaines.

Le Centre du WWF pour la Récupération d’Animaux Sauvages de Vanzago, où dès hier ont été amenés les premiers canards souchets entièrement recouverts de gasoil qui seront soignés par les vétérinaires du centre, est en alerte. Malheureusement les dommages causés par ce déversement vont se répercuter sur toute la chaîne alimentaire, avec des conséquences durables et on enregistre déjà de très graves conséquences dans le secteur agricole qui gravite autour du système fluvial.

Le Lambro est l’un des fleuves les plus pollués d’Italie et continue à apporter son tribut de poisons en quantité insupportable pour le Po. Depuis les années 70, le Lambro fait l’objet de « soins », avec des investissements atteignant 5.000 milliards d’anciennes lires (2,5 milliards d’euros) pour son assainissement. En 1988, un Plan extraordinaire d’assainissement « Lambro-Seveso-Olona » pour requalifier les trois fleuves les plus importants et les plus dégradés de la zone de Milan avait été établi mais il n’a jamais été réalisé.

Le même plan régional de protection des eaux a explicitement renoncé à la possibilité d’une récupération sérieuse du fleuve, en affirmant qu’il serait de toute façon impossible d’atteindre à l’horizon 2015 le « bon état écologique » requis par l’Europe dans la Directive-cadre Eaux 2000/60/CE. Après la déclaration de « mort biologique » du Lambro, la mise en service des 3 stations d’épuration milanaises a redonné au fleuve une vitalité, si minime soit-elle, mais cela ne suffit sûrement pas à sauver la situation.

Une vaste action de récupération environnementale – prévoyant entre autres la remise en état de la végétation et des zones de débordement du fleuve, des stations d’épuration et des contrôles réguliers sur les très nombreux déversements d’eaux usées le long du fleuve, et prenant sérieusement en compte tout facteur de risque et  toute source de pollution potentiels – permettrait d’améliorer la qualité des eaux, de maintenir vital un écosystème fluvial fondamental pour les activités humaines et – ce n’est pas un détail – pour réduire le risque hydraulique conséquence des fréquentes inondations qui frappent la zone sud de Milan.

Hormis un projet dans la zone de débordement du Lambro à San Donato Milanese, mené par la LIPU avec le soutien du WWF, l’unique exemple de requalification le long du Lambro est représenté par l’Oasis de « Bosco di Montorfano » à Melegnano, voulue aux années 90 par le WWF et par les citoyens, qui a remis en état 4 ha de terrain inculte en y plantant arbres et arbustes typiques de la région. Le WWF va donc se porter partie civile dans le procès pénal suite de cet inacceptable dommage criminel qui est en train de provoquer un massacre de la flore et de la faune présentes dans cet important milieu fluvial.

Entre temps, la Coldiretti [Confédération des cultivateurs NdT] tient un discours rassurant quant aux aliments qui arrivent sur nos tables. En effet, selon l’association, il n’y aurait aucun risque pour les aliments parce que, en période hivernale, les cultures présentes dans les champs sont très réduites , des cultures qui n’ont d’ailleurs pas besoin en ce moment d’être irriguées, étant données les intenses précipitations de ces jours-ci.

Seuls la phase saisonnière et l’état de la météo ont évité le risque de la pollution de la chaîne alimentaire à la suite du déversement dans le fleuve Lambro de fortes quantités de substances provenant d’une installation industrielle.

[…]

La situation météorologique s’avère favorable parce que les fortes et persistantes pluies de ces jours-ci permettront un écoulement plus rapide des eaux vers la mer, évitant – c’est l’explication de la Coldiretti – la sédimentation des résidus polluants dans le sol et surtout leur pénétration dans les nappes les plus profondes.

Luca De Nardo
extrait de « 100ambiente », 25/02/2010

Traduit de l’italien par Giustiniano Rossi

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