CHÔMAGE
Le chômage est voulu et planifié car il est un outil économique indispensable au bon fonctionnement du système ultralibéral mondialisé dans lequel nous vivons. Outre maintenir sinon accroître la rentabilité des entreprises et réjouir les boursicoteurs et autres rapaces de la finance, le chômage a deux propriétés inavouables :
- faisant pression à la baisse sur les salaires, il permet de contenir l’inflation ;
- affaiblissant le salariat par la crainte qu’il suscite, il l’oblige à accepter des emplois de moins en moins dignes et à subir des conditions de travail dégradées. C’est la déréglementation du travail.
Contenir l’inflation
Le NAIRU (Non Accelerating Inflation Rate of Unemployment dans sa version anglo-saxonne), est bien connu des économistes. Ce paramètre inventé par deux pontes de la BCE (Banque Centrale Européenne), figure dans les glossaires de ceux qui nous dirigent. Sa définition est : taux de chômage en deçà duquel les salaires s’accélèrent.
L’inflation galopante des années 70, considérée comme « néfaste pour l’économie », avait laissé un cuisant souvenir aux élites. La maîtrise de l’inflation est donc devenue leur grande obsession.
Puisque l’augmentation des salaires provoque celle de l’inflation, il est recommandé d’avoir un taux de chômage stable et durable (ce qui conduit inévitablement à la baisse des salaires et à son maintien) que l’on peut noyer/escamoter dans le chômage dit « structurel » : chômage ne pouvant être résorbé par la seule croissance du PIB, comme on nous le serine habituellement.
A partir des années 80 on a commencé à parler de « chômage de masse ». Effectivement, depuis trois décennies, notre taux de chômage n’est jamais descendu en dessous de 7%, ce qui n’est pas un hasard.
De même, c’est depuis les années 80 que le capitalisme s’est financiarisé, que la part des salaires dans la valeur ajoutée a chuté au profit du pouvoir actionnarial et que la croissance est devenue, elle aussi, une obsession pathologique, avec les conséquences que nous connaissons aujourd’hui.
Dérèglementer le travail
Rien ne vaut le chômage, véritable aubaine pour le patronat ! D’abord, il fait tellement peur aux salariés qu’il anéantit toute velléité de contestation. Quand on licencie, les actions grimpent mais, grâce au chômage, le patronat n’hésite pas à déployer l’argument de la sauvegarde des emplois afin de faire pression sur le gouvernement : ainsi lui accorde-t-on toujours plus de subventions et/ou d’exonérations fiscales et sociales ; ainsi vote-t-on nombre de mesures visant à « assouplir » toujours plus un maximum de règles au détriment des salariés et à affaiblir le Code du travail, au nom de la compétitivité.
Lutte contre le chômage ? Bien sûr !
Le gouvernement ne se fait pas prier : alors qu’il supprime des postes de fonctionnaires par dizaines de milliers, il invente des dispositifs qui banalisent le précariat (contrats aidés, RSA « de complément »…) et en fait la promotion (services à la personne en intérim, métiers « en tension »…) au nom de la lutte contre le chômage. Car un travailleur précaire, c’est un demandeur d’emploi en moins dans les chiffres officiels !
La notion d’« emploi » (le bon vieux CDI) est remplacée de façon manifeste par celle d’« activité » (réduite : c’est d’ailleurs la définition des catégories B et C de Pôle Emploi). L’équation est simple : « plein emploi » = « pleine activité » = « plein emploi » précaire = « sous-emploi » de masse qui, à terme, doit se substituer au « chômage de masse », le tour est joué. La crise tombe à point nommé pour généraliser le travail en miettes et sous-payé : il est là, le véritable projet.
Afin d’optimiser cet objectif, il faut aussi lutter contre les chômeurs. Plus on les culpabilise, plus on les presse et on les sanctionne, plus on les stigmatise et on les écrase, mieux c’est. Ces épouvantails à salariés resteront muets et bien dociles.
Quant au sort des chômeurs, strictement lié à celui des travailleurs, il est écrit noir sur blanc dans un rapport de l’OCDE (« Stimuler l’emploi et les revenus » – Perspectives de l’Emploi 2006) : « Les réformes structurelles qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés. ». Cela a au moins le don d’être clair !
Pour éradiquer le chômage, deux solutions
La première est radicale. On a vu que ce fléau fait partie intégrante de notre système économique et qu’il permet à ceux qui en tirent les rênes de prospérer, le plein emploi étant l’ennemi des profits, il faut donc en finir avec lui. Mais, hélas, ce n’est pas demain la veille ! On le voit actuellement : malgré la crise que nous traversons, personne ne compte changer quoi que ce soit à ce système pourri jusqu’à la moelle. Au contraire, les crises successives servent à l’asseoir un peu plus (cf. La stratégie du choc de Naomi Klein : le capitalisme se nourrit des désastres et s’arrange même pour en créer). À moins de couper les têtes de ses instigateurs, bénéficiaires et défenseurs, il n’y a pas d’issue.
La seconde est plus nuancée. Puisqu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, que cela n’ira pas en s’arrangeant et qu’on ne va tout de même pas euthanasier tous ceux qui, exclus de l’emploi, sont de trop et connaissent déjà une mort sociale, alors pourquoi ne pas admettre officiellement cette évidence et instaurer un « revenu universel » ou « revenu de vie » ?
Voici son principe à lire : http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article14073
Compilé à l’aide du site : http://www.altermonde-sans-frontiere.com
Claudio Tennant
