Lettre de prison – Salah Hamouri

Posté le 17 août, 2010 dans Initiatives de l'Association "Carlo Giuliani" Paris, Moyen Orient, Répression

Salah Hamouri, étudiant franco-palestinien a été arrêté le 13 mars 2005 par les autorités israéliennes. Transféré en territoire israélien, il est détenu dans une prison militaire israélienne. De mère française, professeur de français depuis plus de 20 ans à Jérusalem, et de père palestinien, Salah Hamouri est étudiant à l’Université de Bethlehem.

Il a été arrêté au motif qu’il était membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et pour avoir soi-disant eu l’intention d’assassiner le leader spirituel de l’organisation Shaas. Le 17 avril 2008, un tribunal militaire israélien a condamné Salah à 7 ans de prison, sans jugement et avec un dossier d’accusations vide. 

L’État d’Israël ne respecte ni les Conventions de Genève ni les autres règles internationales découlant des conventions tels que les deux pactes de 1966, dès lors, les actes de résistance sont des actes licites et légitimes. Sans parler des décisions du Conseil de sécurité dont n’a cure l’État d’Israël, et sans oublier le principe inaliénable du droit des peuples à disposer d’eux mêmes, consacré par la Charte des Nations Unies.

Dans ce contexte de l’occupation reconnue par l’ensemble de la communauté internationale, ce jeune franco palestinien doit recevoir le soutien par la présidence de la République et par des représentants du Ministère des Affaires étrangères et européennes. Il est citoyen français et, à ce titre, a droit à la protection de l’état comme cela doit être fait, dans le cadre de l’assistance consulaire, pour tout Français enlevé à l’étranger. 

http://www.salah-hamouri.fr/

transmis par Claudio, 17 août 2010


Au pays de la révolution française qui a mis fin au féodalisme et à la servitude en propageant à travers le monde les mots de « Liberté – Égalité – Fraternité » ; à Paris, capitale d’un pays qui a résisté hautement pour se libérer de la barbarie d’une armée occupante féroce et brutale ; depuis vos bureaux à l’Élysée ou ceux du Quai d’Orsay – j’espère que vous lirez ma lettre.

Dans l’un de ces bureaux, ma mère a été finalement reçue afin de discuter des moyens pour obtenir ma libération. Nous savons tous que la démocratie fonde le respect de la diversité des êtres humains. Elle définit les bases légales qui accordent à chacun des droits et des devoirs. Elle prône l’égalité des droits humains et refuse absolument d’établir des différences négatives et ségrégatives selon la couleur de la peau, l’origine, la religion, etc.

Comme citoyen franco-palestinien, je pensais que les autorités françaises se devaient de me protéger (comme elles le font pour tous nos compatriotes français injustement en difficulté dans le monde) alors que je vis dans un pays sous occupation militaire décidée par un gouvernement qui refuse obstinément de reconnaître et d’appliquer le droit international.

Il semblerait que ce gouvernement, le gouvernement israélien, vous ait convaincu que le seul moyen pour moi de retrouver la liberté n’était pas que, lui, fasse, ce qu’il devrait faire pour cela mais qu’en plus de l’injustice que je subis que, moi, je fasse un acte d’humiliation supplémentaire : que je présente des « regrets » devant un tribunal militaire d’occupation.

Je voudrais vous poser une seule question : aurait-il été acceptable pour vous que les résistants français, pendant la seconde guerre mondiale, « regrettent » leurs actes devant des tribunaux d’occupation ou de collaboration ?

Si on ne peut comparer terme à terme les deux situations, il n’en reste pas moins que la Palestine vit aussi sous occupation étrangère depuis maintenant 62 ans. Une occupation brutale qui multiplie les meurtres, qui construit des murs, qui assiège et colonise, qui expulse le plus possible de Palestiniens de leur terre ou de leurs maisons, surtout à Jérusalem-Est où je vis avec ma famille.

Devant cette occupation que vit mon peuple, je ne peux rester ni indifférent ni me taire. Je suis né et j’ai grandi dans un pays occupé et, parce que je ne peux pas me taire, je suis depuis plus de 5 ans en prison. Comment pourrais-je accepter cette occupation que vous-même avez condamnée ? C’est mon droit que de la refuser.

Dans ces conditions il n’est pas pensable une seule minute, qu’en plus de tout cela que je subis, j’en vienne à « regretter » ou à « m’excuser » de quoi que ce soit devant un tribunal militaire d’occupation. Je soutiens la résistance légitime de mon peuple qui bénéficie de la solidarité des gens libres à travers le monde.

Bien à vous,

Salah Hamouri
Prison de Guilboa
Section 4
Le 14 juillet 2010

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