Qui détruit la forêt amazonienne ?

Posté le 17 février, 2011 dans Catastrophes, environnement

En 1964, la compagnie pétrolifère américaine Texaco arriva dans la province amazonienne de Sucumbios, à la frontière de l’Equateur et de la Colombie, et après trois ans de recherches y découvrit le premier gisement de pétrole, Lago Agrio 1, devenu le cœur de la pollution dans la région. Dans les années qui suivirent, Texaco constitua un consortium avec l’état équatorien et depuis 1990 cessa d’œuvrer directement tout en demeurant dans le consortium dont la majorité passa dans les mains de Petroecuador.

 En 2001, Texaco fut acheté par Chevron  que la justice équatorienne vient de condamner, le 14 février dernier, à une amende pour réparer les énormes dommages environnementaux provoqués par Texaco à l’Amazonie équatorienne en treize ans de perforations qui ont provoqué   souffrances, maladies, morts et en causeront d’autres dans l’avenir aux familles dont la vie a été contaminée par les déchets de pétrole et les dangereux produits chimiques déposés dans des puits à ciel ouvert et infiltrés dans le terrain.

 Le montant de l’amende que Chevron devra verser pour dommages environnementaux, 8 646 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 10% pour les dommages causés aux communautés touchées, est « dérisoire mais significatif » (la défense avait demandé 27 millions de dollars) selon l’avocat Pablo Fajardo qui a passé son enfance et son adolescence dans les puits noirs de Sucumbios et que la communauté victime de la multinationale américaine a soutenu moralement et économiquement pour qu’il puisse obtenir son diplôme de droit et faire payer Chevron.

 « Nous nous sommes battus juridiquement pour obtenir que l’entreprise Chevron, ex Texaco, réponde de son crime et paye pour réparer le dommage environnemental provoqué » a déclaré Fajardo qui a ajouté « Il est clair qu’il s’agit d’une somme insignifiante par rapport à la réalité du crime commis, un crime environnemental oui, mais aussi culturel et humain » et « De toute façon, le fait est que nous nous trouvons face à un véritable pas en avant en direction du triomphe de la justice ».

 Bien sûr, la légion d’avocats grassement payés par Chevron considère que « la sentence de la cour équatorienne est illégitime », conséquence d’une fraude et totalement contraire à ce que démontrent les preuves scientifiques et la multinationale fera appel, forte du fait que les tribunaux américains et internationaux se sont déjà arrangés pour que l’application de la sentence émise par la Cour équatorienne soit impossible. La Cour permanente d’arbitrage de La Haye a interdit provisoirement l’application de toute sentence prononcée contre Chevron qui se décharge sur la compagnie publique équatorienne Petroecuador de la responsabilité des 260 puits répartis sur le territoire de la province, cause principale du désastre environnemental et sanitaire.

 Le procès qui s’est conclu lundi dernier a commencé il y a huit ans, en 2003, dans le district de Lago Agrio Nuova Loja et Chevron fera l’impossible pour en neutraliser les effets grâce à la disponibilité d’immenses ressources financières accumulées aux frais du peuple équatorien et de nombreux autres peuples dans le reste du monde. Quelque chose a changé cependant en Equateur et en Amérique latine depuis que ce ne sont plus seulement les serviteurs obséquieux des USA et de leurs multinationales qui dirigent les Etats de la région mais des hommes et des femmes qui sont l’expression des intérêts locaux comme Correa en Equateur, Morales en Bolivie, Chavez au Venezuela, Cristina Kirchner en Argentine, Lula et maintenant Djilma Roussef au Brésil.

Le signal de ce changement a été donné il y a deux ans, justement par le président équatorien, quand il déclara que son pays ne paierait pas les 30,6 millions de dollars d’intérêts dus sur des bons à échéance, les considérant comme une portion « illégitime » et « immorale » de la dette extérieure de l’Equateur, comme le dénonçaient depuis 20 ans les mouvements indigènes et sociaux accusant les banques internationales (créditrices d’environ 30% de la dette) qui profitaient des ressources de l’Etat.

 Les véritables responsables de la destruction de la forêt amazonienne sont les multinationales  des matières premières qui en exploitent les ressources sans aucun égard pour l’environnement naturel et humain, les banques et les organismes financiers internationaux des pays occidentaux – dotés d’un tel excédent de démocratie qu’ils prétendent l’exporter, éventuellement à coups de canon – qui ont déjà encaissé plusieurs fois les sommes prêtées, dont 80% correspondent au financement des intérêts de la dette tandis que 20% seulement concernent des projets de développement.

 Giustiniano Rossi
traduit de l’italien par mcr

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