De Dien Bien Phu à aujourd’hui

Posté le 14 mars, 2011 dans Guerres, Histoire, Pour ne pas oublier, Résistance

Il y a 57 ans, le 13 mars 1954, les forces du Vietminh conduites par le général Vo Nguyen Giap, qui l’avait fondé en 1938 et libéré Hanoi, occupé par les Japonais, en 1945,  attaquaient la base militaire de Dien Bien Phu, un village du Vietnam dont le nom allait devenir le symbole de la guerre de libération du peuple vietnamien, tenue par des parachutistes français et par des troupes de la Légion Etrangère.

Après 55 jours de combat, le 7 mai 1954, les Français capitulèrent et le drapeau rouge du Viet Minh fut hissé sur ce qui restait de la base: les cinq derniers mois de guerre coûtèrent la vie à 7ooo Français et à 20000 Vietnamiens, tandis que 11000 Français furent fait prisonniers par le Vietminh. En peu de temps, les Français se virent contraints de quitter définitivement le territoire du Vietnam dans son ensemble.

Un peuple de pauvres paysans prouva qu’il était possible de vaincre une grande puissance européenne en combattant pour une cause juste et en s’appuyant surtout sur ses propres forces, ouvrant la voie aux luttes de libération de tous les peuples opprimés, aprés avoir vaincu les Japonais et avant de vaincre les „imbattables“ Américains.

Dien Bien Phu fut la dernière et décisive bataille de la guerre d’Indochine commencée en 1947 et menée par les Français pour rentrer en possession de « leur » colonie – De Gaulle demandait à ce que soit rétabli le statu quo d’avant la seconde guerre mondiale – et par les Vietnamiens pour l’indépendance de leur pays.

Durant une grande partie de son histoire plurimillénaire, le Vietnam avait dû subir la domination du puissant voisin chinois  mais avait déjà, au dixième siècle, conquis l’indépendance et s’était ensuite victorieusement opposé à l’occupation mongole qui avait soumis la Chine mais pas le Vietnam.

Au milieu du 19ème siècle, la France avait colonisé la péninsule indochinoise dont elle fut ensuite temporairement exclue durant la deuxième guerre mondiale à cause de l’occupation japonaise. Dés les années trente, le parti Communiste Vietnamien, conduit par Ho Chi Minh et Vo Nguyen Giap, s’était porté à la tête du mouvement pour l’indépendance du pays qui s’était développé, porté par le ressentiment des Vietnamiens envers la domination coloniale et par leur fort sentiment national.

A la fin de la guerre, en 1945, le premier président de la République, Ho Chi Minh, affectueusement appelé « Oncle Ho » par ses compatriotes, déclara nul le traité de protectorat signé en 1883 avec la France et proclama l’indépendance du Vietnam.

En novembre 1946, suite à de violents incidents pour des questions douanières dans le port de Haiphong, des incidents réprimés dans le sang par les troupes françaises, le croiseur français Suffren bombarda le quartier chinois de la ville : 6000 morts.

En 1949, les Français tentèrent de donner vie à un nouvel état au Sud du pays, plaçant à sa tête le vieil empereur du Annam, Bao Dai et faisant de Saigon, l’actuelle Ho Chi Minh ville, sa capitale. Le nouvel « état » fut immédiatement reconnu par Harry Truman, président « démocrate » des USA qui ne lésinait par sur les armes et sur les conseillers militaires pour le soutenir.

En 1953 – les préparatifs pour les négociations de paix étaient déjà en cours – la tentation de faire peser sur la table des négociations une grande victoire militaire poussa les Français à organiser une opération de grande envergure, l’opération Castor, qui impliqua plus de 10 000 parachutistes à Dien Bien Phu, Vietnam du Nord-Ouest, dans la construction d’une base aérienne dotée de deux pistes de décollage et en même temps dans l’occupation et la fortification des huit collines qui entourent la vallée.

Mais, une fois achevée la construction de la base, les Français furent surpris par le feu des pièces d’artillerie que les Vietnamiens avaient déplacées le long de pentes abruptes couvertes de végétation estimées – erreur qui se révéla fatale – impraticables.

Fait inouï, le chat se transforma en souris : le commandant de l’artillerie française, le colonel Piroth, se suicida et fut enterré dans le plus grand secret pour ne pas démoraliser les troupes.

Autre surprise désagréable : les Vietnamiens disposaient d’une DCA efficace pour empêcher le ravitaillement aérien de la base et de canons capables de détruire les pistes.  Confirmation de la théorie connue de Mao Tse Toung selon laquelle les troupes d’occupation, généralement bien équipées, sont la meilleure source de ravitaillement pour les forces de libération, à court de tout, le matériel parachuté à l’intention des Français se retrouvait bien souvent sur le territoire contrôlé par le Vietminh. A la fin d’avril, la saison des moussons marqua l’écroulement définitif des positions des occupants, désormais complètement encerclés.

Les accords de Genève de 1954 divisaient temporairement le Vietnam en deux zones, séparées par le fleuve Ban Hai, qui auraient dû se réunir en un Vietnam finalement indépendant avec les élections prévues en 1956. Mais le coup d’état réalisé dans le Sud par Ngo Dinh Diem, avec le soutien des USA coupa le pays en deux : au Nord la République Vietnamienne conduite par Ho Chi Minh et au Sud un état fantoche des Américains.

En 1965, alors que le régime de Saigon était désormais au bord du collapsus – Diem avait été assassiné en 1963 – les troupes américaines stationnées en Corée du Sud, en Nouvelle-Zélande, en Thaïlande et en Australie intervenaient pour empêcher la réunification du pays.

Mais prés de vingt ans s’étaient désormais écoulés depuis la guerre de Corée quand, pour « combattre le communisme » – en réalité pour prendre le contrôle économique et militaire du continent asiatique après la deuxième guerre mondiale – les Américains avaient coupé le pays en deux, selon la ligne définie en 1953 par l’armistice de Panmunjom qui le divise encore aujourd’hui, cinquante ans plus tard.

La guerre finira en 1975, avec l’entrée des troupes du Vietcong à Saigon, après avoir coûté aux Américains quelques dizaines de milliers de soldats morts et au Vietnam des millions de pertes humaines, surtout civiles, victimes de dix ans de très violents bombardements en tapis et de la guerre chimique déclenchée par les forces américaines.

L’armée américaine, la seule dans l’histoire à avoir expérimenté  les effets de la bombe atomique – sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki, histoire de ne pas laisser de doute quant à qui serait le nouveau patron de l’Asie au lendemain de la 2ème guerre mondiale – avait testé les effets du napalm et d’autres substances chimiques de production étasunienne sur les cobayes vietnamiens : les conséquences de l’agent orange provoquent aujourd’hui encore un nombre élevé de décès et d’horribles malformations de nouveaux-nés, tandis qu’une partie du territoire vietnamien de la taille de la Suisse est irrémédiablement polluée par les poisons qu’ont répandus les avions américains.

Comment ne pas penser à l’ex Yougoslavie, amoureusement soustraite par les bombardements humanitaires aux campagnes de nettoyage ethnique,  aux victimes de l’uranium appauvri parmi les populations libérées et – même si ce n’est pas dans les mêmes proportions – parmi les courageux libérateurs ;  à l’Irak terrain de deux guerres d’exportation de la démocratie (avec entre les deux un embargo qui a provoqué deux millions de morts) ; à l’Afghanistan où les Talibans qui convenaient très bien quand il s’agissait de liquider Najibullah et les concurrents soviétiques, sont ensuite devenus peu présentables (do you remember un certain ben Laden ?) ; à d’autres théâtres de guerre et d’expérimentation de nouveaux instruments de mort, à tant d’autres occasions d’affaires lucratives pour le complexe militaro-industriel des USA et de leurs vassaux occidentaux dont les Bush, père et fils, ont longtemps été les Pdg.

Trente-cinq ans plus tard, le Vietnam est en train de se redresser très lentement des conséquences du colonialisme et des guerres de libération qu’il a fallu mener pour le liquider, même si c’est au prix de douloureux compromis avec les patrons du monde.

Ses difficultés et celles d’une si grande partie du monde sortie de cinq siècles d’exploitation colonialiste – mais pas de l’exploitation néo-coloniale toujours agissante aujourd’hui – qui ont fait de nous, peuples du petit continent européen et de l’Amérique du Nord, les consommateurs de plus des 4/5 des ressources de la planète, condamnant à la misère plus de la moitié du genre humain (50% de la population mondiale dispose pour survivre d’1% des ressources de la planète, tandis qu’1% est propriétaire de 50% de ces mêmes ressources), n’effacent pas l’énorme valeur morale de son exemple pour tous les peuples opprimés et pour les forces qui, en France comme ailleurs dans l’occident opulent, se sont battues et continuent à se battre à leurs côtés.

Il n’est pas inutile d’enfoncer le clou de ces concepts dans un monde comme celui d’aujourd’hui où le révisionnisme historique tente de réhabiliter le fascisme – Mussolini était un honnête homme, selon Silvio Berlusconi – et de faire passer l’horrible aventure coloniale pour une opération de diffusion du progrès : la tentative du gouvernement français actuel, mise en échec par la dure opposition des forces de gauche et par la réaction indignée de l’opinion publique, d’introduire dans les livres scolaires une prétendue valeur positive du colonialisme est récente.

Giustiniano Rossi

Traduit de l’italien par Rosa

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