LA COMMUNE DE PARIS

Posté le 16 mars, 2011 dans Histoire

Il y a 140 ans,  le 18 mars 1871, le peuple de Paris s’insurgeait contre la trahison des classes dirigeantes pendant la guerre franco-prussienne de 1870-71 et contre le risque d’une restauration de la monarchie. Ce fut une révolution ouvrière car 84% des Communards arrêtés étaient des ouvriers, ainsi que 30% des membres du Conseil Général de la Commune et que la législation de la Commune fut une législation sociale. C’était une classe ouvrière intermédiaire entre celle du petit artisanat traditionnel et celle des premières usines modernes, adolescente, sans expérience, isolée, divisée en néojacobins, proudhoniens, néo-proudhoniens, blanquistes, bakouninistes, marxistes, francs-maçons, etc.. La démocratie de la Commune fut une véritable démocratie, une démocratie directe : les élus étaient révocables, liés à un mandat, soumis à la pression des assemblées syndicales, des clubs, des comités de femmes, de la presse, il n’y avait ni délégation de pouvoir, ni bureaucratie.  Des usines coopératives furent créées et le premier mouvement féminin de masse vit le jour, l’Union des Femmes, qui obtint qu’à travail égal corresponde un salaire égal et créa de nombreuses usines autogérées. L’union libre fut officialisée et la famille constituée hors mariage (concubinage, enfants naturels) fut légalement reconnue. La prostitution, considérée comme une forme « d’exploitation commerciale d’êtres humains par d’autres êtres humains » fut proscrite.  Les femmes combattirent sur les barricades, telles Jeanne-Marie, à laquelle Rimbaud rendit hommage, ou Louise, l’infirmière de la Fontaine-au-Roi, à laquelle Jean-Baptiste Clément dédia « Le temps des cerises ».

Dans un monde gangréné par le racisme, la xénophobie et le nationalisme, la Commune mit en acte la devise du Manifeste communiste « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous » : en effet, des Belges, des Garibaldiens, des Hongrois, des Polonais participèrent à la Commune et avec  elle  le mouvement ouvrier international devint solidaire dans l’action. La Commune abolit le travail de nuit, prohiba les amendes et retenues sur salaire, lutta contre le chômage, interdit l’expulsion des locataires, réquisitionna les logements non occupés. L’Armée fut remplacée par le peuple armé, la Garde Nationale, qui élisait ses officiers et sous-officiers. La justice fut gratuite, la défense libre, l’assermentation politique des magistrats et des fonctionnaires, eux aussi élus et révocables, fut supprimée. Les Eglises furent séparées de l’Etat, l’école devint laïque, gratuite et obligatoire, l’enseignement fut réformé. Les bibliothèques, les musées, les théâtres  furent rouverts. La Fédération des Artistes (Courbet, Daumier, Manet, Dalou, Pottier…)  plaça  en premier point  de son programme « la libre expansion de l’art, libre de toute tutelle gouvernementale et de tout privilège ». Certaines mesures de la Commune  eurent une forte valeur symbolique : le 28 mars le drapeau rouge fut adopté et le calendrier républicain remis en vigueur (an 79 de la République), le 12 avril fut décrétée la destruction de la colonne Vendôme, symbole du despotisme impérial, qui fut abattue le 16 mai (Gustave Courbet sera condamné à rembourser les 323 091 francs que coûtera sa reconstruction). La décision fut prise de confisquer les biens du chef du gouvernement versaillais, Thiers, et de détruire sa demeure parisienne (Thiers se fera rembourser plus d’un million de francs).

Le 21 mai, les troupes versaillaises entrèrent à Paris, le 23 sortit le dernier numéro (n°68) du Père Duchesne, le 26 fut fusillé, à genoux sur les escaliers du Panthéon , Jean-Baptiste Millière, le 27 tomba le dernier bastion des Communards, le 28 de nombreux combattants (encore aujourd’hui, on ne sait combien) furent tués devant le Mur des Fédérés et Louis Roussel, délégué à la guerre de la Commune,  fut fusillé. La répression pendant et après la « semaine sanglante » (21-28 mai 1871) qui marqua la fin de la Commune fut proportionnelle à la peur et à la haine des classes dominantes : au moins 30 000 personnes (dont des femmes et des enfants) furent massacrées, 36 000 furent emprisonnées et 4586 furent déportées en Nouvelle-Calédonie. Mais « le cadavre est à terre, l’idée est debout », comme l’écrivit Victor Hugo :la Commune inspira – parmi d’autres, innombrables tentatives – la Révolution russe de 1917, la Révolution spartakiste, la Commune de Canton en 1927, le Front populaire, la Résistance, mai 68 et la révolte du Chiapas ; la Commune vit dans les luttes d’aujourd’hui et de demain.

Si l’on se rend aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise et qu’on le traverse jusqu’à l’angle nord-est où, à côté des tombes des combattants du mouvement ouvrier, des combattants contre le nazi-fascisme, à côté des monuments en mémoire des déportés des camps d’extermination, se dresse  le Mur des Fédérés qui marque le lieu d’une fosse où furent jetés des dizaines de milliers de cadavres, on peut voir, en toute saison et quelque soit le temps, un flux presqu’ininterrompu de personnes de tous âges et de toutes provenances, venues se recueillir devant ce mur, déposer une fleur à sa base. C’est la preuve que le patrimoine d’idées de la Commune de Paris est essentiel à une époque comme la nôtre, dominée par le pouvoir de l’argent, où l’on prône le culte du succès  individuel, où  le ventre de la « bête immonde » enfante encore le racisme, la xénophobie, le fanatisme, où l’on tente de remettre en discussion la laïcité de l’Etat, où la souveraineté populaire est devenue un concept vide, où le devoir assigné au peuple de la Constitution française de 1793, celui de réaliser « le bonheur commun » semble si terriblement lointain.

Giustiniano Rossi

traduit de l’italien par Rosa

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