machisme sans frontières

Posté le 14 septembre, 2011 dans Droits des femmes, Fenêtre sur la France

75000 femmes violées en France chaque année, à peine 10% d’entre elles portent plainte par honte, par peur, devant la difficulté à être reconnue comme victime. Une femme sur dix est victime de violences au sein du couple. Porter plainte reste là aussi un obstacle insurmontable pour la majorité d’entre elles.

Triste journée pour les femmes, lorsque le procureur Vance abandonne toutes charges contre DSK devant la plainte de Mme Diallo. Encore une question de plainte. Il paraît qu’elle n’est pas crédible.
Annuler la plainte, ne pas la considérer, c’est réduire au silence la victime avec le refus de toute enquête ou de toute investigation supplémentaire. Elle n’aura même pas le droit d’être reconnue dans sa parole. Elle n’aura pas droit à être reconnue comme victime dans son innocence, si tel est le cas.

Tant pis pour Mme Diallo qui rejoint le cortège de toutes celles dont on n’examinera pas la plainte, à qui on refuse et dénie jusqu’à la possibilité d’être entendue. Parole contre parole.

Apparemment il faut être digne d’être victime. Cela se mérite. Etre une femme agressée ne suffit pas. Il faut être au-dessus de tout soupçon et d’une moralité irréprochable. Sinon on ne peut même pas envisager d’être écoutée.

Pourtant, le procureur Vance a reconnu qu’il y avait bien eu un acte sexuel, « prouvé par des éléments physiques et scientifiques ». Que cette relation sexuelle apparaissait comme non consentie mais qu’on ne pouvait prouver qu’elle était forcée.
J’ignorais totalement cette catégorie particulière d’acte sexuel non consenti qui ne serait pas un viol. C’est vrai que cela ne se passe pas chez nous puisque le code pénal français définit le viol comme un acte de pénétration sexuelle de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise.

Mais si l’acte sexuel forcé ne peut être prouvé bien qu’il apparaisse comme non consenti au procureur Vance, il apparaît bien comme un acte impulsif, où il s’agit de jouir et de jouir très vite, dans la décharge du passage à l’acte, où l’on prend de force à l’autre ce qu’il n’aurait pas consenti à donner.
La question de la temporalité, de la durée, de l’altérité, comme la possibilité d’un espace entre soi et l’autre ne se pose pas lorsqu’il s’agit d’impulsivité et d’économie égocentrique où prévaut la satisfaction immédiate. Nous sommes loin du consentement libre et éclairé entre deux sujets partenaires mais plutôt du côté de l’agression sexuelle brutale qui dénie l’intégrité psychique et physique de l’autre.

Sans enquête et sans investigations plus poussées le viol restera innommé et impuni. Mme Diallo restera avec la responsabilité de ce qui lui arrive, comme si c’était de sa faute.
Mais reste le droit et le devoir de se mettre à penser, de préférence sans les instruments structurés et formatés dans la relation sexiste imposée, que M. Vance manie habilement. « Sans les modes de pensées qui sont eux-mêmes le produit de la domination », pour parler comme Bourdieu, pour ne pas céder à la rhétorique, ni aux apparences, ni à la tartufferie qui requalifie le viol en simple relation sexuelle « probablement non consentie », où M. DSK revient en sa patrie presque en héros sorti de l’enfer.

par Claudine Schalck, sage-femme

Pour l’OMS, La violence envers les femmes et les jeunes filles est un fléau mondial : au moins une femme sur trois dans le monde a déjà été battue, a subi des relations sexuelles forcées ou des mauvais traitements.

Pour lire tout l’article paru sur lemonde.fr: http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/08/31/machisme-sans-frontieres_1565236_3232.html

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