27 Janvier 2012

Posté le 29 janvier, 2012 dans Mémoire


Il a fallu 55 ans à la République italienne pour reconnaître, par la loi 211 du 20 juillet 2000, la date du 27 janvier, jour où les portes d’Auschwitz furent enfoncées par l’Armée Rouge, comme « Journée de la Mémoire », pour se remémorer l’extermination du peuple juif, les lois raciales, la persécution italienne des citoyens juifs, les Italiens qui ont subi la déportation, la prison, la mort ainsi que ceux qui, comme le père de Pierre NISSIM, se sont opposés au projet d’extermination et, risquant leur propre vie, ont sauvé d’autres vies et protégés les persécutés.
Cette journée doit nous servir à faire de la mémoire un élément vivant: les leçons du passé sont des occasions de réfléchir aux contradictions et aux espérances de notre époque, en évitant la rhétorique commémorative de la « célébration » qui produit simplification et banalisation (du mal). Dans un pays à la mémoire courte, comme le nôtre, où l’on vend sur les aires d’autoroute des bustes de Mussolini et dans les kiosques à journaux des calendriers avec des photos du Duce, il convient de répéter que l’Italie de Mussolini fut pleinement responsable de ce qui est arrivé. Les lois raciales de 1938, promulguées par le fascisme, la persécution qui s’en suivit actée par le régime, la gestion administrative et l’organisation de la destruction et de la spoliation des droits, des biens et des vies des citoyens italiens juifs culminant dans leur déportation vers les camps nazis est l’histoire d’hier, pas d’avant-hier.
Comme il convient de ne pas oublier que les victimes du fascisme et de son idéologie ne furent pas seulement les juifs, mais aussi les opposants politiques, les handicapés, les rom, les homosexuels, les soi-disant asociaux et que pour tous le système complexe des camps représenta un univers concentrationnaire où l’extermination était devenue une industrie, une action planifiée dans tous ses atroces éléments: l’architecture, le vocabulaire, le symbolisme visuel des triangles de couleur, l’assignation d’un numéro qui annulait l’être humain, constituant une nouvelle identité; la « solution finale de la question juive » et de tous ceux que le nazisme considérait « inférieurs » au nom de l’aryanisme.
Salvatore Quasimodo a écrit: « De cet enfer ouvert par une inscription blanche:’ Le travail vous rendra libres’ la fumée sortait sans cesse ». Dans cette fumée, on avait transformé l’existence d’une multitude de femmes, d’hommes, d’enfants. Jamais plus. Jamais plus tout cela. Pour faire en sorte que cette barbarie ne se reproduise pas il faut connaître, comprendre et sentir; étudier et voir les lieux de la mémoire. L’histoire et la mémoire sont des ressources fondamentales pour l’humanité, elles permettent d’utiliser le passé pour comprendre la présent. La mémoire est l’expérience du vécu, elle porte le passé dans le présent, elle empêche l’oubli et le jour de la mémoire doit durer pour nous 365 jours par an.
Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui, 27 janvier 2012, la jeune section parisienne de l’ANPI « Carlo e Nello Rosselli » a l’honneur d’accueillir, au siège historique des Garibaldiens, Piero NISSIM, auteur d’un concert/rencontre qu’il a intitulé : »Trois-cent-soixante-cinq! Tous les jours de la mémoire » que l’artiste consacre à l’actualité de la remémoration, où il apportera ses témoignages entre chants yiddish et juifs, notes de famille et poésies de la légalité.
Pour Piero NISSIM, « sans mémoire, il n’y a pas de futur », autrement dit « le futur est derrière nous ». Piero est passé, en presque cinquante ans de carrière, du Canzoniere pisano au Canzoniere italiano, puis au Canzoniere du Prolétariat et à la compagnie « Crear è bello », d’une recherche dans le domaine de la musique populaire et de la musique classique à la récupération de ses racines et des éléments de base de sa formation artistique et musicale.
« Mayn Lidele » sont ses chansons, celle de l’enfance, qu’il écoutait chantées par sa mère, juive lithuanienne venue en Italie pour étudier la médecine. Son père, Giorgio NISSIM, fut en 1943 et 1944, le principal animateur du réseau clandestin DELEGATION POUR L’ASSISTANCE AUX EMIGRES JUIFS en Toscane, médaille d’or de la République italienne en souvenir de la valeur civile de son action en faveur des persécutés par le nazi-fascisme qui, dans les seules provinces de Pise, Lucca et Livourne, sauva au moins 800 juifs.
Merci, Piero et merci à vous tous d’avoir accepté notre invitation.

Paris, 29 janvier 2012

Giustiniano Rossi
Traduit de l’italien par Rosa

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