Archive for avril, 2012

L’élection de Sarkozy serait une catastrophe pour la population française

Posté le 29 avril, 2012 dans Elections


Si la gauche est victorieuse le 7 mai, quelles marges de manœuvre pourra-t-elle se donner face à la pression des marchés financiers ? Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, le  » think tank  » de la gauche de la gauche, distille quelques conseils à François Hollande pour éviter que la récession et l’austérité ne plombent le début de son éventuel mandat.
La Fondation Copernic regroupe tous les courants politiques qui, à gauche, s’oppose au  » social-libéralisme  » (incarné par la Fondation Terra Nova). On y retrouve des militants d’Europe écologie-Les Verts ou du Nouveau Parti anticapitaliste, en passant par toutes les composantes du Front de gauche, des syndicalistes ou des responsables associatifs. Leur objectif : construire des propositions alternatives communes, sur la réforme fiscale, le dossier de la dépendance, le logement…
Basta ! : La Fondation Copernic ambitionne de  » remettre à l’endroit ce que le néolibéralisme a mis à l’envers « . Alors que François Hollande a rendu public son  » agenda du changement « , quel serait, selon vous, la première chose à remettre à l’endroit en cas de victoire de la gauche ?
Pierre Khalfa : Pour engager un véritable processus de transformation sociale, plusieurs hypothèques doivent être levées. D’abord, sortir la dette publique des mains des marchés financiers. Les États sont aujourd’hui sous leur emprise. Les marchés financiers disposent, de fait, d’un droit de regard sur les politiques menées. Nous en voyons les conséquences avec les différents plans d’austérité adoptés en Europe qui entraînent une régression sociale inouïe. Sortir de cette dépendance des marchés implique d’engager une réforme fiscale d’ampleur qui redonne des marges de manœuvre à la puissance publique. Cela signifie aussi pouvoir financer directement les déficits publics par les banques centrales, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France en l’occurrence.
Malgré les traités européens qui l’interdisent ?
Cela est possible dans le cadre des traités actuels !
L’article 123 du traité de Lisbonne interdit certes tout financement direct des États par les banques centrales et la BCE.
Mai, le même article indique que les banques centrales peuvent tout à fait refinancer des établissements publics de crédit. On peut très bien imaginer, par exemple, que la Caisse des dépôts emprunte à la Banque de France au taux de 1 %, comme cela a été le cas pour les prêts de la BCE aux banques privées, puis que la Caisse des dépôts prête au même taux à l’État. C’est une question de volonté politique.
Et qu’en est-il du  » pacte budgétaire  » ?
C’est l’autre hypothèque importante à lever. Si le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance de la zone euro est adopté, toute politique progressiste deviendra impossible. Ce traité oblige à l’équilibre budgétaire, n’autorisant qu’un  » déficit structurel  » de 0,5 % du PIB. Et encore faut-il définir ce qui entre dans le cadre d’un déficit structurel. Il s’agit d’une construction statistique dont la mesure ne fait pas l’unanimité parmi les économistes, son résultat pouvant varier de façon très importante suivant les hypothèses de départ. Une telle orientation aurait pour conséquence l’austérité permanente et empêcherait, de fait, d’investir pour l’avenir. C’est totalement absurde ! Il faut refuser ce traité et engager un bras de fer avec les autres gouvernements européens en s’appuyant sur les opinions publiques. Enfin, nous devons immédiatement engager une politique qui puisse satisfaire au minimum les besoins fondamentaux des populations et poser les bases d’un nouveau partage des richesses.
La nationalisation totale des banques prônée à l’extrême gauche est-elle une bonne solution, alors que pour Eva Joly la question de la propriété des banques n’est pas centrale pour encadrer la finance ?
Aujourd’hui, le secteur bancaire fonctionne pour le plus grand profit des actionnaires. Cependant, la nationalisation des banques est insuffisante : il ne suffit pas de changer le propriétaire des banques pour en changer le comportement. L’objectif devrait être de les socialiser, c’est-à-dire de les placer sous le contrôle de leurs salariés et de leurs usagers : Les missions du secteur bancaire doivent être définies par la puissance publique et contrôlées par les usagers. Cette restructuration du système bancaire signifie la création de banques locales ou régionales, au plus près des usagers. Un dispositif complété par un pôle bancaire public capable d’investir aux niveaux national et européen. Au-delà, il faudrait immédiatement mettre en œuvre une séparation totale entre banques de dépôt et banques d’investissement. Mais les séparer ne signifie pas qu’une banque d’investissement puisse faire n’importe quoi. Il faudra donc davantage les encadrer en limitant leurs activités. Par exemple, il faut interdire la titrisation, les transactions avec les paradis fiscaux, le trading haute fréquence (des programmes informatiques permettant de spéculer sur des variations de cours et de dégager des plus-values en quelques secondes, ndlr) et les CDS (Credit default swap, sorte d’assurance sur un investissement ou un risque financier, ndlr). L’objectif est de casser les conglomérats bancaires et de remplacer le principe  » too big to fail  » (trop gros pour faire faillite) par  » too big to exist  » (trop gros pour exister).
Qu’est-ce qui distingue, de votre point de vue, le quinquennat qui se termine, comparé au dernier quinquennat Chirac ou aux cinq années de la gauche plurielle, vis-à-vis desquelles la Fondation Copernic n’a pas été tendre ?
Nous avions été très critiques sur le social-libéralisme à la française mené par le gouvernement Jospin. Nous sommes désormais confrontés à un gouvernement qui a décidé de façon systématique de détruire tous les acquis sociaux patiemment construits depuis la Seconde Guerre mondiale. Les attaques contre les salariés et la population ne datent pas d’aujourd’hui. Mais, sous le quinquennat Sarkozy, la logique de compromis a disparu au profit d’une logique d’affrontement systématique. Cette logique ne laisse le choix que de la capitulation en rase campagne, soit d’une radicalisation pour faire tomber le gouvernement. Au-delà des caractéristiques propres du personnage Sarkozy, qui assume totalement une gestion individuelle du pouvoir, jamais auparavant nous n’avions eu affaire à un gouvernement qui assume aussi clairement le fait que les riches dirigent le pays et que la politique se fait à leur profit.
Et si Nicolas Sarkozy est réélu ?
L’élection de Sarkozy serait une catastrophe pour l’ensemble de la population française. J’espère que cette hypothèse ne se réalisera pas. Mais, dans ce cas, il y aura un bilan très sérieux à dresser, à gauche, de la campagne, et de la capacité d’entraînement du candidat de gauche qui aura été sélectionné pour le second tour.
Recueilli par Ivan du Roy
23 avril 2012

LE VRAI TRAVAIL?

Posté le 29 avril, 2012 dans Travail


> Le “vrai” travail ? celui des 650 accidents mortels, des 4500 mutilés du travail ? Celui des droits violés et des heures supp’ impayées ?
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> Le « vrai travail » ? Celui des maladies professionnelles, amiante, TMS, surdité, cancers, qui augmentent, sont sous-déclarées, sous réparées.
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> Le “vrai” travail ? 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents vasculaires par an dont entre 1/3 et 50 % liés au travail…
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> Le “vrai” travail ? Ce jeune ascensoriste de 26 ans écrasé par l’engin qu’il réparait, à cause de la compétition sauvage entre OTIS et KONE
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> Le “vrai” travail ? Et les milliers d’ouvriers désamianteurs qu’il laisse en ce moment mourir sans protection par refus d’un moratoire ?
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> Le “vrai” travail ? Celui des mini-jobs, des stages, des emplois saisonniers atypiques, des 3 X 8, des 4 X 8, des intérims et CDD répétés ?
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> Le « vrai » travail ? Celui des millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à vivre avec leurs salaires ?
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> Le « vrai » travail ? Celui du milliard d’heures supplémentaires non déclarées, non majorées, non payées attribuées à ceux qui ont un boulot au détriment de ceux qui n’en ont pas ?
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> Le « vrai » travail ? Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ?
>
> Le « vrai » travail ? Celui des jeunes à 25 % au chômage et à 80 % en CDD ?
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> Le « vrai » travail ? Celui des immigrés, forcés à bosser sans droits et sans papiers par des esclavagistes et marchands de sommeil franchouillards ?
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> Le « vrai » travail ? Celui des seniors licenciés, 2 sur 3 a partir de 55 ans et qui ne peuvent cotiser que 35 annuités alors que 42 sont exigés dorénavant pour une retraite décente ?
>
> Le « vrai travail » ? Celui des restaurateurs dont 1 sur 4 utilisent des clandestins, non déclarés dans le fond de leur cuisine ?
>
> Le “vrai” travail ? Celui des exploitants agricoles qui tuent des inspecteurs du travail pour pouvoir abuser d’immigrés clandestins ?
>
> Le “vrai” travail ? Celui des beaufs de la CG-PME, des cadres casques oranges de chez Bouygues, des marchands de manœuvre appelés « viande » ?
>
> Le “vrai” travail ? « La vie, la santé, l’amour sont précaires pourquoi le travail ne le serait-il pas? » (Parisot/Sarkozy)
>
> Le “vrai” travail contre le droit du travail ? Le pauvre exploité qui sue et se tait, la dinde qui vote pour Noël !
>
> Le “vrai” travail « sans statut » ? « La liberté de penser s’arrête là où commence le Code du travail » selon Mme Parisot et… M Sarkozy
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> Le “vrai” travail sans syndicat ? Sans syndicat pas de Smic, pas de durée légale, pas de congés payés, pas de sécurité sociale, pas de droit
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> Le “vrai” travail ? Celui qui ne fait jamais grève, qu’on ne voit jamais manifester, qui n’est pas syndiqué, qui piétine son collègue ?
>
> Le « vrai » travail ? Celui sans délégué du personnel, sans comité d’entreprise, sans CHSCT, sans institution représentative du personnel ?
>
> Le “vrai” travail ? à France Télécoms, des dizaines de suicides, faute inexcusable du patron de combat qui licencie, stresse, vole, tue
>
> Le “vrai” travail ? Parlons en ! Stress, risques psychosociaux, harcèlement, suicides, chantage à l’emploi, heures supp’ impayées ?
>
> Le “vrai” travail ? Les travaux les plus durs sont les plus mal payés, bâtiment, restauration, nettoyage, transports, entretien, industries
>
> Le “vrai” travail ? Qu’est ce qu’il y connaît ? Dans le bâtiment, 1,1 million bossent surexploités, maltraités, mal payés, accidentés, meurent sans retraite
>
> Le « vrai » travail ? Celui des 900 000 foutus dehors par « rupture conventionnelle » de gré à gré sans motif et sans mesure sociale ?
>
> Le « vrai » travail ? Celui des auto-entrepreneurs, un million en théorie, la moitié en réalité, qui se font exploiter comme faux salariés, à bas prix et sans protection sociale ?
>
> Le “vrai” travail ? celui qui bosse dur pour survivre misérablement ou celui qui exploite dur les autres pour vivre dans des palais dorés ?
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> Le “vrai” travail ? celui des actionnaires, des rentiers, des riches, des banksters du Fouquet’s qui gagnent 600 SMIC par an en dormant ?
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> Le « vrai » travail, celui de Maurice Levy patron qui se ramasse 16 millions d’euros d’argent de stocks option de poche pillés sur les richesses produites par les salariés.
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> Le « vrai » travail ? celui de Molex, de Sea France, de Gandrange et Florange, de Continental, de Lejaby, de Pétroplus, des Fonderies du Poitou, de toutes celles et ceux qui ont du se battre pour le garder ?
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> Le “vrai” travail ? Qu’est ce qu’il y connaît ce cul doré de Sarkozy ? N’a jamais passé la serpillière dans une cantine ni poussé un chariot.
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Gérard Filoche, Inspecteur du Travail > > >

Témoignage des camarades de Luca Abbà sur son accident provoqué par les flics

Posté le 23 avril, 2012 dans Résistance


Il s’est dit beaucoup de choses sur le grave accident de Luca Abbà, habitant du Val Susa et opposé au Lyon-Turin, lundi 27 février au matin. Mais peu ont pu raconté de manière précise ce qu’il s’était réellement passé, et les images qui tournaient en boucle, spectaculaires, ne permettaient pas de comprendre la rage qui anime désormais, ici à Lyon, dans le Val Susa ou partout en Italie, celles et ceux qui s’opposent à l’expropriation des habitants situés sur le tracé du No Tav. Et dont Luca Abbà faisait partie, lui qui ne voulait pas, en ce tragique matin de février, qu’on l’expulse de son terrain. Ceci est un témoignage des personnes qui étaient avec lui ce matin-là.
Il y avait de l’orage dans l’air…
Et ce lundi matin, quel¬ques minu¬tes après huit heures est arri¬vée la logi¬que conti¬nua¬tion des inten¬tions expan¬sion¬nis¬tes des chan¬tiers du Tav en Vallée de Suse. On s’est retrou¬vés à très peu d’entre nous au chalet, encer¬clés par cen¬tai¬nes d’agents de la police secours, qui enva¬his-saient la Vallée Clarea (petite vallée à l’inté¬rieur de la Vallée de Susa). La situa¬tion sem¬blait appa¬rem¬ment sous le contrôle de flics, quand sou¬dai¬ne¬ment Luca, un acti¬viste du mou¬ve¬ment, a réussi à trom¬per les contrôles en grim¬pant sur un pylône à haute ten¬sion près du chalet. Un des deux flics qui le pour¬sui¬vaient est monté ino¬pi¬né¬ment, avec une hâte inha¬bi¬tuelle, inconsi-dé¬rée et sans aucun dis¬po¬si¬tif de sécu¬rité sur le pylône, tandis que nous étions tenus à dis¬tance par un cordon de police et isolés en face de la porte du chalet. A ce moment-là Luca, en direct avec Radio Blackout mani¬feste clai¬re¬ment et de façon incontes¬ta¬ble son inten¬tion de résis¬ter à l’expul¬sion. Inquiets par la pour¬suite ver¬ti¬cale bâclée à laquelle Luca est soumis, nous crions aux forces du (dés)ordre de s’arrê¬ter. La réponse a été : « Pas de soucis, nous sommes pro¬fes-sion¬nels ». Quelques ins¬tants plus tard, Luca est obligé de monter plus haut, afin d’échapper aux agents qui le pour¬sui¬vaient, et est fou¬droyé par une décharge électrique de 50.000 volts. Son corps sans connais¬sance tombe par terre de plus de dix mètres de haut. Dans nos têtes résonne « le mort » annoncé par les dis¬cours du chef de la police Mario Manganelli et de l’ex-minis¬tre de l’inté¬rieur Roberto Maroni [Lire à ce propos le chapitre " Parler clair " de Lavanda 1]. Clairement cho¬qués par les faits, tandis qu’ils nous empê¬chent de nous nous appro¬cher, le temps passe sans que Luca ne reçoive les secours néces¬sai¬res. C’est seu¬le¬ment après trente minu¬tes qu’une ambu¬lance arrive.
Malgré le fait qu’il y aurait une per¬sonne griè¬ve¬ment bles¬sée et en danger de mort, les tra¬vaux pour l’élargissement pro¬cé¬daient inin¬ter¬rom¬pus, évident démons¬tra¬tion des prio¬ri¬tés des repré-sen¬tants de l’état et des ouvriers pré¬sents : le Tav est plus impor¬tant que la vie humaine. Bien que nous insis¬tions pour nous appro¬cher afin de véri¬fier les condi¬tions de Luca, ils ont permis après long¬temps seu¬le¬ment à l’un de nous de s’appro¬cher de notre cama¬rade. L’ambu¬lance et l’héli¬co¬ptère, qui l’a enfin amené à l’hôpi¬tal, ne sont arri¬vés qu’une heure après la chute.
Nous écrivons ce com¬mu¬ni¬qué afin d’infor¬mer sur les faits réels qui ont eu lieu pen¬dant l’expul¬sion de la Baita Clarea, pour démen¬tir les faus¬ses ver¬sions col¬por¬tées par les medias du régime, en addic¬tion à toutes les voix et ver¬sions qui sont en train de cir¬cu¬ler pen¬dant ces jours. Il n’y a pas eu de négo¬cia¬tions entre nous et la police pour faire des¬cen¬dre Luca, aucun lacry¬mo¬gène n’a été uti¬lisé, aucun har¬nais de sécu¬rité n’a été accro¬ché par l’agent qui pour¬sui-vait Luca sur le pylône, il n’y a pas eu de bar¬ri¬ca¬des col¬lec¬ti¬ves à l’inté¬rieur du chalet. Dans l’après-midi seu¬le¬ment ils nous ont permis d’aban¬don¬ner le chalet, en nous contrai¬gnant à assis¬ter à la des¬truc¬tion de la Vallée Clarea et à la pan¬to¬mime des dépo¬si¬tions : l’énième acci-dent arrivé pour raison « d’ordre public ». L’exem¬ple de Luca exprime ce que chacun de nous pos¬sède dans son cœur, défen¬dre sans hési¬ta¬tion cette terre à n’importe quel prix. L’éclair qui l’a touché res¬tera gravé dans nos mémoi¬res ainsi que l’indif¬fé¬rence mon¬trée par les ouvriers et par les flics face à un fait d’une telle gra¬vité. Nous te pre¬nons dans nos bras, Luca, en atten-dant de te revoir au plus tôt à lutter entre ces mon¬ta¬gnes à toi et à nous si chères.
Les der¬niers à s’en aller.
Traduit de l’italien – Rebellyon

La lutte contre la TAV représente aujourd’hui toutes les luttes

Posté le 23 avril, 2012 dans Résistance


Il serait facile, aujourd’hui(28 février N.D.T.), de tomber dans de banals extrémismes bons peut-être pour attirer le consensus verbal de quelques-uns mais bien plus difficile à mettre en pratique. Mais ce qui s’est passé hier (la chute de Luca N.D.T.) représente le point exemplaire de non-retour. A peine deux jours plus tôt 100 mille personnes étaient descendues dans la rue, pacifiquement – tout à fait comme l’aime les libéraux – qui ont traversé la vallée de Suse. Camarades et citoyens provenant de toute l’Italie, mais surtout l’écrasante majorité de la population valsusaine. Sans divisions ni affrontements internes, non seulement toute la Vallée a manifesté son opposition à la construction du TAV, mais elle a aussi défendu et revendiqué les camarades arrêtés les semaines précédentes, sans distinctions ni prises de distances artificielles.
Devant tout cela, la réponse de la politique a été de démarrer les expropriations, d’expulser le mouvement des espaces qu’il occupait, de mettre en route, sans médiations et en usant de la force, la construction du chantier. A peine démarrées les expropriations, survenait la tentative d’homicide de Luca Abbà. Sans même comprendre les conditions physiques de Luca, tous les politiques se sont empressés de nous rappeler que la construction de la TAV devait continuer et que bien sûr, cet accident ne ralentirait pas le parcours. La police a continué les évacuations, comme si rien ne s’était passé, comme on n’était pas entrain d’agir avec le poids d’un homme qui était, et qui, en train de lutter contre la mort.
Quoique synthétiquement décrits, les événements d’hier confirment diverses choses : par exemple, que la politique ne représente plus ce lieu de médiation où faire valoir ces rapports des forces sociales que nous cherchons de mettre en jeu chaque fois de manière pacifique et partagée. Samedi, dans le Val de Suse, il y aurait bien pu avoir trois millions de personnes à manifester, que ça n’aurait pas fait bouger d’une virgule les rapports de force présents sur le territoire, justement parce qu’il n’y a plus d’espace pour une médiation possible. La TAV n’est pas une question italienne, et encore moins peut-elle être évaluée par quelque gouvernant de cette province toujours moins importante de l’Empire. La TAV a été imposée par l’Europe, le Val de Suse n’est qu’un micro-territoire inconnu qui doit accueillir le passage d’une ligne à Grande Vitesse (et à Grands Profits) qui part de Lisbonne et finit à Kiev. En Europe, on ne sait même pas où est le Val de Suse, et aucune manifestation politique ne pourra changer les plans que le capital international a déjà arrêtés : éliminer les trains à vitesse normale, économiques et garantissant le libre déplacement des citoyens sur le territoire, pour les remplacer par des trains de classe, pour riches, superrapides et supercoûteux.
Une autre chose que nous apprenons des événements entre samedi et aujourd’hui, c’est que la manifestation de la vallée a été fondamentale, elle a confirmé le cadre dans lequel nous pouvons intervenir. Elle a rappelé, si jamais il en était besoin, que sur ce territoire, le refus du projet européen de grande vitesse constitue une majorité numérique et culturelle. Mais une fois cela dit, les conditions changent. La manifestation a défini le terrain de légitimité, maintenant, il nous revient d’intervenir efficacement pour faire avancer la lutte contre la Grande Vitesse. Samedi, nous avons compris que nous sommes la majorité et que nous avons l’appui de la population valsusaine. Maintenant, nous devons transformer cet appui en une lutte victorieuse, pratiquer les objectifs adéquats, comprendre que la logique du nombre n’est pas la seule dans laquelle nous pouvons intervenir. La logique du nombre a un sens beaucoup plus élevé quand nous devons faire valoir notre rapport de force à l’intérieur de la médiation politique. Mais celle-ci n’existe plus. Ce ne sont certes pas les partis parlementaires les interlocuteurs qui décident si on fait ou pas le TAV ; et si Monti est certainement quelqu’un qui a un pouvoir de décision, ce n’est pas pour son rôle de président du conseil italien, mais bien plutôt parce qu’il est un des pions fondamentaux du programme néo-libéral international.
La lutte contre la TAV représente aujourd’hui toutes les luttes.
Allons-y.
Traduit de Militant par Serge Quadruppani

No Tav : Appel à la solidarité active à partir du 11 avril

Posté le 23 avril, 2012 dans Résistance


Cet appel s’adresse à tout ceux, hommes et femmes, qui tout au long de ces mois d’occupation militaire, tout au long de ces mois de lutte et de résistance NoTav, ont pris notre parti partout en Italie et ailleurs. Grâce à vous il est clair pour ceux qui ont du cœur, de l’intelligence que la lutte des NoTav dans ce coin du Piémont est la lutte de tous ceux qui se battent contre le gaspillage de l’argent public pour des intérêts privés, contre la dévastation du territoire, contre la transformation définitive en marchandise de nos vies et de nos relations sociales. Défendre sa terre et sa vie c’est défendre notre futur et celui de tous. Le futur des jeunes condamnés à la précarité à vie, des anciens auxquels on refuse une vieillesse décente, de tous ceux qui pensent que le bien commun n’est pas le profit de quelques-uns mais une amélioration de la qualité de la vie pour chaque homme, femme, enfant. Ici et partout.
On trouve nos raisons dans chaque hôpital qui ferme, dans chaque école qui est démantelée, dans chaque station abandonnée, dans chaque famille qui est expulsée, dans chaque usine où Monti offre aux patrons la possibilité de licencier ceux qui luttent. Après la terrible journée du 27 février, où l’un d’entre nous a failli mourir en essayant d’entraver l’agrandissement du fortin de la Madeleine, la multiplication des cortèges, des blocages de route, d’autoroutes, de ports et de train, dans des dizaines et des dizaines de grandes et de petites villes d’Italie, nous a donné de la force dans notre résistance sur l’autoroute. A cette occasion, nous avons compris que, malgré la présence de milliers d’homme en armes , le gouvernement et tous les partis proTav étaient en difficulté. Dans la propagande de criminalisation des failles sont apparues, des possibilités de luttes accessibles à tous et partout sont apparues.
Le 27 février, ils ne se sont pas contentés de risquer la vie de l’un d’entre nous, ils ont occupé un autre terrain, et l’ont entouré de grilles de protection et de fil de fer barbelé. Le mercredi 11 avril ils veulent rendre légale l’occupation. Ce jour-là, ils ont convoqué les propriétaires pour réaliser une procédure d’occupation “temporaire“ des terrains. Ils ne pourront entrer dans le fortin, fortifié comme pour une guerre, qu’un seul à la fois : si un propriétaire ne se présente pas, ils passeront outre. L’important est de donner un semblant de légalité à la mise en place violente d’un énorme ouvrage inutile. À partir de là les entreprises pourront véritablement commencer les travaux. Les NoTav seront là encore une fois. Nous serons là et nous serons partout où il sera possible d’entraver la machine de l’occupation militaire. Nous lançons cet appel parce que nous avons décidé de transformer ce jour et pendant une semaine en semaine de lutte populaire NoTav. Aidez-nous. Il faut que la chaîne de solidarité spontanée qui nous a soutenu en février, soit encore plus puissante.
Nous ne vous demandons pas de venir ici, même si comme toujours, ceux qui viendront seront les bienvenus, nous vous demandons de lutter chez vous, dans les villes et les campagnes. Nous vous demandons de diffuser la résistance.
Mouvement No Tav – Solidarité internationale à la lutte No Tav
traduit de l’italien : Anarres-info