FÊTE DE L’HUMANITÉ 2012

Posté le 19 septembre, 2012 dans politique internationale


Cette année, la Fête de l’Humanité, évènement traditionnellement riche de débats et d’actions visant à contribuer à rendre à la gauche sa capacité de répondre aux espoirs des opprimés , se déroule quatre mois après la conclusion des élections présidentielles et législatives qui ont liquidé le pouvoir sarkozyste et quatre mois avant le 36ème congrès du PCF, prévu en février prochain. Le nouveau gouvernement socialiste, présidé par François Hollande, prisonnier volontaire du système capitaliste, doit résister aux pressions de la droite et de l’extrême-droite, à celles du monde de la finance et des institutions européennes qui redoublent d’efforts pour rendre chaque jour plus pesants les programmes d’austérité alors que les banques profitent de la création de monnaie par la Banque européenne. Les questions débattues vont de la nature des crises actuelles et des voies pour en sortir au refus de l’austérité comme moyen de les résoudre, du travail comme droit garanti pour tous à la formation et à l’éducation, de la recherche comme investissement prioritaire pour l’avenir à la solidarité entre les peuples et les forces progressistes européennes pour transformer l’Europe, de la transformation écologique et sociale de la planète au service public comme patrimoine commun afin que tous puissent y accéder intégralement, de la désindustrialisation à la sécurité au travail, de l’actualité de la lutte antifasciste à celle de la lutte pour la liberté et l’émancipation des peuples de l’Egypte à la Tunisie, de l’Algérie à la Syrie et à la Palestine qui résiste à la colonisation israélienne.
Cette année est celle du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, conquise le 5 juillet 1962 après 132 ans de colonisation française et plus de six millions de morts mais aussi du trentième anniversaire des massacres de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth ouest, assiégés par l’armée israélienne, où, du 16 au 18 septembre 1982, des miliciens phalangistes libanais, à la solde des dirigeants militaires et politiques israéliens, massacrèrent entre 700 et 3500 personnes. L’assemblée générale de l’ONU du 16 décembre 1982 qualifiait, avec 123 votes favorables, aucun vote contre et 22 abstentions, les évènements de Sabra et Chatila d’ « acte de génocide ».
Au Village du monde, l’Italie qui lutte était représentée par les camarades et les sympathisants du cercle « Carlo Giuliani » qui, avec l’aide de nombreux camarades arrivés de Sicile, de Calabre et de Toscane, à côté du bar et du restaurant qui proposait l’essentiel de la gastronomie nationale et de la vente des t-shirts et des sweat aux inscriptions évoquant, parfois avec humour, des sujets historiques ou politiques, ont organisé un débat sur la lutte-symbole des habitants du Val de Susa contre le projet délirant de ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin – avec la participation de militants venus d’Italie et du Comité No-TAV [non au TGV] de Paris – ainsi que la projection d’un film sur le projet « Les cheminots et la Résistance » fruit de la collaboration entre la mairie du 3ème arrondissement de Rome, la section ANPI de Rome-San Lorenzo et la section ANPI « Carlo e Nello Rosselli » de Paris avec la participation de la responsable du projet et de la réalisatrice du documentaire, venues exprès de Rome.
L’immense espace du Village accueillait, entre autres, comités, partis et associations d’Afghanistan, d’Algérie, d’Allemagne, d’Angola, de Belgique, de Bolivie, du Brésil, du Cameroun, de Chine, de Colombie, du Congo, de Côte d’Ivoire, de Cuba, de Djibouti, d’Espagne, de Guadeloupe, de Guinée, de Haïti, d’Indonésie, d’Irak, d’Iran, d’Irlande, de Nouvelle-Calédonie, du Kurdistan, de Madagascar, du Chili, du Maroc, de Martinique, de Mauritanie, du Mexique, du Nicaragua, de Palestine, du Pérou, du Portugal, de la République arabe sahraoui, de La Réunion, du Front Polisario, du Sénégal, de Syrie, du Togo, de Tunisie, de Turquie, du Venezuela et du Vietnam. Omniprésente, la musique s’élevait de chaque stand reflétant la culture des pays respectifs, tout comme le théâtre, la littérature et la philosophie avec des débats sur Rousseau, Victor Hugo, Marx et Aragon, sans oublier la gastronomie qui remplissait l’air de parfums accordés aux notes de musique et aux couleurs du ciel, pour une fois d’un bleu azur pendant presque toute la durée de la fête.
Les 650 000 visiteurs sont les mêmes qui luttent à Paris, en France et dans le monde, pour l’emploi, pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, pour un système de soins et une éducation publiques de qualité, pour la construction de logements sociaux, contre les discriminations raciales, pour la nationalisation des banques, des instituts financiers et des grandes entreprises industrielles sous le contrôle et sous la direction des travailleurs, pour la démocratisation des partis qui se réclament du communisme. Les conséquences sociales d’une crise économique qui n’est pas seulement européenne, mais mondiale, sont désastreuses et les traités européens et la monnaie unique n’ont pas garanti la croissance et la paix sociale dans l’Union européenne, devenue un des foyers d’instabilité du monde, mais ont précipité dans la récession l’Espagne, l’Italie, la Grande Bretagne. Demain, ce sera le tour de la France, alors que la Grèce s’est effondrée à cause des interventions du FMI et de la BCE. En France, où les entreprises ferment ou délocalisent, où 5 millions de personnes sont en recherche d’emploi et 9 millions réduites à la pauvreté, la base industrielle ne représente plus désormais que 12% du PIB, le déficit commercial était en 2011 de 75 milliards et la dette publique a atteint 1800 milliards d’euros tandis que les intérêts sur la dette dévorent la moitié des revenus de l’Etat.
L’alternative à tout cela ne peut que venir de la longue file des jeunes et des moins jeunes qui, sac au dos, se dirigeaient jeudi dernier vers l’immense Parc départemental de la Courneuve – si semblables aux pèlerins qui chaque année traversent la moitié de l’Europe pour se rendre à pied à Saint-Jacques de Compostelle, mais aussi tellement différents… – et qui, sac réendossé, repartaient dimanche soir vers leur rendez-vous, individuel ou collectif, avec la lutte pour un avenir meilleur.
Giustiniano Rossi
traduit par Rosa
Paris, 17 septembre 2012

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