Le Mouvement 5étoiles a défendu le système

Posté le 7 mars, 2013 dans Elections

A présent que le Mouvement 5étoiles semble avoir créé l’évènement aux élections, nous pensons qu’il n’est plus possible de différer  le constat de l’absence, du manque, que le mouvement de Beppe Grillo et Casaleggio représente et gère. Le Mouvement 5étoiles gère le manque de mouvement radicaux en Italie. Il y a un espace vacant que le Mouvement 5étoiles occupe…pour qu’il reste vide.

Malgré les apparences et les rhétoriques révolutionnaires, nous pensons que durant ces dernières années le Mouvement 5étoiles a été un défenseur efficace de l’existant. Une force qui a servi de bouchon et stabilisé le système. Il s’agit d’un affirmation contre intuitive, qui résonne  comme une absurdité si l’on ne regarde que l’Italie et, surtout, si l’on s’en tient au  premier coup d’œil. Comment? Grillo stabilisant? Lui qui veut « liquider la vieille politique »? Lui qui, si l’on en croit le discours général, s’apprête à rendre le pays ingouvernable?

Nous pensons que ces dernières années, Beppe Grillo a plus ou moins volontairement

garanti le maintien du système.

Au cours des trois dernières années, alors que dans les autres pays européens de la Méditerranée et en général en Occident, se développaient et dans certains cas s’enracinaient des mouvements clairement anti austérité et antilibéraux, rien de tel ne se passait chez nous en Italie. Certes il y a eu des luttes importantes mais elles sont restées circonscrites dans des territoires restreints ou bien ont été de courte durée. Beaucoup de feux de paille mais aucune étincelle n’a incendié la prairie comme c’est par contre  arrivé ailleurs. Pas d’indignés chez nous en Italie, pas de « Occupons Wall Street », pas le moindre « printemps »; pas de « lutte des classes » contre la réforme des retraites. Nous n’avons pas eu de Place Tahrir, ni de Puerta de Sol, pas de place Syntagma non plus. Nous ne nous sommes pas battus, comme l’on s’est battu  – et dans certains cas comme l’on se bat encore – ailleurs. Pourquoi?

Il y a plusieurs raisons à cela, nous tenterons aujourd’hui d’en cerner une seule. Peut-être n’est-ce pas la principale mais nous pensons qu’elle a une certaine importance.

Chez nous, en Italie, une part importante de l’ « indignation » a été interceptée et organisée par Grillo et Casaleggio – deux riches sexagénaires venant de l’industrie du spectacle et du marketing – en une sorte de franchise d’entreprise politique avec copyright et marque déposée, un « mouvement » contrôlé de près et dirigé au sommet, qui recueille les revendications et les mots d’ordre de mouvements sociaux, pour les proposer à son compte mais en les mêlant à des apologies du capitalisme « sain » et à de superficiels discours centrés sur l’honnêteté de l’individu homme politique/administrateur, dans un programme portant à confusion où  coexistent des propositions libérales et antilibérales, centralisatrices et fédéralistes, libertaires et réactionnaires. Un programme passepartout qui ratisse large, typique d’un mouvement de diversion.

Observez bien: le Mouvement 5étoiles sépare le monde entre un « nous » et un « ils », bien différemment que ne le font les mouvements cités plus haut.

Quand le mouvement « Occupons Wall Street » a proposé la séparation entre 1% et 99% de la société, il faisait référence à la distribution de la richesse, il allait donc droit au but de l’inégalité: le1%,ce sont les multimillionnaires. S’ils l’avaient connu, les « Occupons Wall Street » y auraient aussi mis Grillo. En Italie, il fait partie du 1%.

Quand le mouvement espagnol reprend le cri des cacerolazos argentins « Qu’ils s’en aillent tous! », il ne se réfère pas seulement à la « caste » et n’ajoute pas implicitement « Et nous, prenons leur place ». Il revendique l’autoorganisation, l’autogestion sociale: essayons de faire le plus possible sans eux, inventons de nouvelles formes, dans les quartiers, sur les lieux de travail, à l’université. Il s’agit de bien autre chose que des sottises technofétichistes de Grillo, des montagnes de rhétorique qui accouchent de petites souris, de la race « parlementaire »: il s’agit de pratiques radicales, il s’agit de s’unir pour défendre des communautés d’exclus, pour empêcher physiquement des expulsions et des saisies, etc…

Parmi ceux qui « doivent s’en aller », les Espagnols compteraient aussi Grillo et Casaleggio (inconcevable un mouvement commandé par un millionnaire et une agence de publicité!), ainsi que ce Pizzarotti qui gère l’austérité à Parme depuis plusieurs mois et ravale, les unes aprés les autres, ses mirobolantes promesses électorales.

A présent que le « grillisme » entre au Parlement, choisi en dernier ressort par des millions de personnes qui, à juste titre, ont estimé les autres propositions politiques écoeurantes ou du moins irrecevables, une phase s’achève et une autre commence. L’unique façon de savoir lire la phase qui commence est de comprendre quel a été le rôle de Grillo et de Casaleggio dans la phase qui se termine. Nombreux sont ceux qui pensent qu’ils ont été des incendiaires. Nous pensons quant à nous qu’ils ont fait office de pompiers.

Un mouvement né pour faire diversion peut-il devenir un mouvement radical qui vise des questions cruciales et déterminantes et qui sépare le « nous » et le « ils » selon de justes lignes de fracture?

Pour que cela arrive, il faut d’abord qu’il arrive autre chose: il faut qu’ait lieu un Evènement qui introduise une discontinuité, une scission (ou plusieurs) au sein de ce mouvement. Autrement dit: le grillisme devrait échapper à la « capture » de Grillo. Jusqu’à présent, cela ne s’est pas produit et il est peu probable que cela se produise maintenant. Mais pas impossible. Nous, comme toujours, nous misons sur la révolte! Même dans le Mouvement 5étoiles.

Wu Ming -

internazionale.it 26.02.2013

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