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Le Grand Défaut

Posté le 2 octobre, 2012 dans Guerres, Moyen Orient


Je suis en train d’écrire cet article 39 ans après la minute qui suivit le moment où les sirènes com¬men¬cèrent à hurler, annonçant le début de la guerre.
Une minute avant, un calme total régnait, comme aujourd’hui. Pas de cir¬cu¬lation, pas d’activité dans la rue, à part quelques enfants à bicy¬clette. Yom Kippour, le jour le plus saint pour les juifs, régnait en maître. Et puis …
Inévitablement, la mémoire commence à travailler.
CETTE ANNÉE, beaucoup de nou¬veaux docu¬ments ont été divulgués pour publi¬cation. Livres et articles cri¬tiques sont abondants.
Les grands coupables sont Golda Meir et Moshe Dayan.
Ils avaient été mis en cause avant, dès le len¬demain du déclen¬chement de la guerre, mais seulement pour des infrac¬tions mili¬taires super¬fi¬cielles, connues sous le nom de défauts. Le défaut était de ne pas avoir à temps mobilisé les réser¬vistes et amené les chars sur le front, en dépit des nom¬breux signaux annonçant que l’Egypte et la Syrie étaient sur le point d’attaquer.
Aujourd’hui, pour la pre¬mière fois, le vrai Grand Défaut est l’objet de recherche : l’arrière-plan poli¬tique de la guerre. Les résultats de cette recherche ont une inci¬dence directe sur ce qui se passe en ce moment.
IL S’AVÈRE qu’en février 1973, huit mois avant la guerre, Anouar el-Sadate avait envoyé son homme de confiance, Hafez Ismaïl, auprès du tout-puissant Secré¬taire d’État amé¬ricain, Henry Kis¬singer. Il avait proposé l’ouverture immé¬diate de négo¬cia¬tions de paix avec Israël. Il y avait une condition et une date : tout le Sinaï, jusqu’à la fron¬tière inter¬na¬tionale, devait être res¬titué à l’Égypte sans aucune colonie israé¬lienne, et l’accord devait être réalisé en sep¬tembre, au plus tard.
Kis¬singer apprécia la pro¬po¬sition et la transmit sur le champ à l’ambassadeur israélien, Yitzhak Rabin, qui était sur le point de ter¬miner son mandat. Rabin, bien sûr, informa immé¬dia¬tement la Premier ministre, Golda Meir. Celle-ci repoussa l’offre d’un revers de main. Il s’ensuivit une conver¬sation animée entre l’ambassadeur et la Premier ministre. Rabin, qui était très proche de Kis¬singer, était en faveur de l’acceptation de l’offre.
Golda traita toute l’initiative comme une simple nou¬velle manœuvre arabe visant à l’inciter à aban¬donner la péninsule du Sinaï et à sup¬primer les colonies construites sur le ter¬ri¬toire égyptien.
Après tout, le but réel de ces colonies – y compris la nou¬velle ville d’un blanc éclatant, Yamit – était pré¬ci¬sément d’empêcher le retour à l’Égypte de toute la péninsule. Ni elle, ni Dayan n’imaginaient d’abandonner le Sinaï. Dayan avait déjà fait la décla¬ration (tris¬tement) célèbre qu’il pré¬férait « Charm el-Cheikh sans la paix à la paix sans Charm el-Sheik ». (Charm el-Cheikh, qui avait déjà été re-baptisée du nom hébreu Ophira, est située près de la pointe sud de la péninsule, non loin des puits de pétrole, que Dayan était aussi peu disposé à abandonner.)
Même avant les récentes révé¬la¬tions, le fait que Sadate avait fait plu¬sieurs ouver¬tures de paix n’était pas un secret. Sadate avait indiqué sa volonté de par¬venir à un accord dans ses rela¬tions avec le médiateur de l’ONU le Dr Gunnar Jarring, dont les efforts étaient déjà devenus une blague en Israël.
Avant cela, l’ancien pré¬sident égyptien, Gamal Abd-el-Nasser, avait invité Nahoum Goldman, pré¬sident du Congrès juif mondial (et pendant un certain temps pré¬sident de l’Organisation sio¬niste mon¬diale) à le ren¬contrer au Caire. Golda avait empêché cette ren¬contre, et quand ce fait fut connu il y eut une tempête de pro¬tes¬ta¬tions en Israël, y compris une lettre célèbre émanant d’un groupe d’élèves de qua¬trième disant qu’il serait dif¬ficile pour eux de servir dans l’armée.
Toutes ces ini¬tia¬tives égyp¬tiennes pou¬vaient être repoussées comme étant des manœuvres poli-tiques. Mais un message officiel de Sadate au Secré¬taire d’Etat ne le pouvait pas. Aussi, se rap¬pelant la leçon de l’incident Goldman, Golda décida de garder la chose secrète.
AINSI UNE incroyable situation fut créée. Cette ini¬tiative déter¬mi¬nante, qui aurait dû constituer un tournant his¬to¬rique, ne fut portée à la connais¬sance que de deux per¬sonnes : Moshe Dayan et Israël Galili.
Le rôle de ce dernier a besoin d’une expli¬cation. Galili était l’éminence grise de Golda, ainsi que de son pré¬dé¬cesseur, Levy Eshkol. Je connaissais bien Galili, et n’ai jamais compris d’où sortait sa renommée de brillant stratège. Déjà avant la fon¬dation de l’État, il avait été le chef de file de l’organisation mili¬taire illégale Haganah. En tant que membre d’un kib¬boutz, il était offi¬ciel¬lement socia¬liste, mais en réalité c’était un natio¬na¬liste dur. C’est lui qui a eu la brillante idée d’implanter les colonies sur le sol égyptien, afin de rendre impos¬sible le retour à l’Égypte du nord du Sinaï.
Donc l’initiative de Sadate n’était connue que de Golda, Dayan, Galili, Rabin et le suc¬cesseur de Rabin à Washington, Simcha Dinitz, un quidam qui était un valet de Golda.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le ministre des Affaires étran¬gères, Abba Eban, patron direct de Rabin, ne fut pas informé. Pas plus que tous les autres ministres, le chef d’état-major et les autres diri¬geants des forces armées, y compris les chefs des ser¬vices de ren-sei¬gnement de l’armée, ainsi que les chefs du Shin Bet et du Mossad. C’était un secret d’État.
Il n’y eut aucun débat à ce sujet – ni public, ni secret. Sep¬tembre est arrivé et s’est écoulé, et, le 6 Octobre, les troupes de Sadate tra¬ver¬sèrent le canal et réa¬li¬sèrent un succès sur¬prise stu¬pé-fiant (comme l’avaient fait les Syriens sur les Hau¬teurs du Golan.)
Comme consé¬quence directe du Grand Défaut de Golda, 2693 soldats israé¬liens mou¬rurent, 7251 furent blessés et 314 furent faits pri¬son¬niers (en même temps que les dizaines de mil¬liers de vic¬times égyp¬tiennes et syriennes).
CETTE SEMAINE, plu¬sieurs com¬men¬ta¬teurs israé¬liens ont déploré le silence total des médias et des hommes poli¬tiques de l’époque.
Eh bien, silence pas tout à fait total. Plu¬sieurs mois avant la guerre, dans un dis¬cours à la Knesset, j’avais averti Golda Meir que si le Sinaï n’était pas rendu très vite, Sadate lan¬cerait une guerre pour sortir de l’impasse.
Je savais ce que je disais. Je n’avais, bien sûr, aucune idée de la mission Ismail, mais en mai 1973, j’avais pris part à une confé¬rence de paix à Bologne. La délé¬gation égyp¬tienne était dirigée par Khaled Mohieddine, un membre du groupe initial des offi¬ciers libres qui avaient fait la révo¬lution de 1952. Lors de la confé¬rence, il me prit à part et me dit en confi¬dence que si le Sinaï n’était pas rendu en sep¬tembre, Sadate lan¬cerait une guerre. Sadate ne se faisait aucune illusion sur la vic¬toire, a-t-il dit, mais il espérait que la guerre obli¬gerait les États-Unis et Israël à entamer des négo¬cia¬tions pour le retour du Sinaï.
Mon aver¬tis¬sement fut com¬plè¬tement ignoré par les médias. Comme Golda, ils ont tenu l’armée égyp¬tienne dans un mépris abyssal et considéré Sadate comme un nigaud. L’idée que les Égyp¬tiens ose¬raient attaquer l’armée israé¬lienne invin¬cible sem¬blait ridicule.
Les médias ado¬raient Golda. Comme le monde entier, en par¬ti¬culier les fémi¬nistes. (Une affiche célèbre a montré son visage avec l’inscription : « Mais peut-elle taper ? ») En réalité, Golda était une per¬sonne très pri¬maire, igno¬rante et obs¬tinée. Mon magazine, Haolam Hazeh, l’a attaquée pra¬ti¬quement chaque semaine, et je l’ai fait à la Knesset. (Elle m’a payé par le com¬pliment unique de déclarer publi¬quement qu’elle était prête à « monter sur des bar¬ri¬cades » pour me sortir de la Knesset.)
Notre voix était une voix qui crie dans le désert, mais au moins nous avons rempli une fonction : Dans son « Mars de la folie », Barbara Tuchman stipule qu’une poli¬tique ne peut être qua-lifiée de folie que s’il y a eu en même temps au moins une voix d’avertissement contre elle.
Peut-être même que Golda aurait recon¬sidéré sa position si elle n’avait pas été entourée de jour¬na¬listes et de poli¬ti¬ciens chantant ses louanges, célé¬brant sa sagesse et son courage et applau¬dissant chacune de ses stu¬pides déclarations.
LE MEME TYPE de per¬sonnes, y compris quelques-uns des mêmes, sont en train de faire la même chose avec Ben¬jamin Netanyahou.
Encore une fois, nous regardons le même Grand Défaut en face.
Encore une fois, un groupe de deux ou trois per¬sonnes sont en train de décider du sort de la nation. Neta¬nyahou et Ehoud Barak seuls prennent toutes les déci¬sions, « gardant leurs cartes enfermées dans leur coffre ». Attaquer l’Iran ou pas ? Les hommes poli¬tiques et les généraux sont main¬tenus dans le brouillard. Bibi et Ehoud savent le mieux ce qu’il faut faire. Pas besoin de toute autre intrusion.
Mais plus révé¬lateur que les menaces à glacer le sang sur l’Iran est le silence total sur la Palestine. Des offres de paix pales¬ti¬niennes sont ignorées, tout comme celles de Sadate à l’époque. L’Initiative de paix arabe vieille de dix ans, sou¬tenue par tous les Arabes et tous les Etats musulmans, n’existe pas.
Encore une fois, des colonies sont ins¬tallées et déve¬loppées, afin de rendre impos¬sible le retour des ter¬ri¬toires occupés. (Rappelons-nous de tous ceux qui pré¬ten¬daient, en 1973, que l’occupation du Sinaï était « irré¬ver¬sible ». Qui aurait alors osé retirer Yamit ?)
Encore une fois, des mul¬ti¬tudes de flat¬teurs, stars des médias et poli¬ti¬ciens en concur¬rence les uns avec les autres dans l’adulation de « Bibi, roi d’Israël ». Comme il parle bien en anglais amé¬ricain ! Comme ses dis¬cours à l’ONU et devant le Sénat amé¬ricain sont convaincants !
Eh bien, Golda, avec ses 200 mots de mauvais hébreu et son amé¬ricain pri¬mitif, était beaucoup plus convain¬cante, et elle a béné¬ficié de l’adulation de tout le monde occi¬dental. Et au moins, elle avait le bon sens de ne pas défier le pré¬sident amé¬ricain en place (Richard Nixon) au cours d’une cam¬pagne électorale.
A L’ÉPOQUE, j’avais appelé notre gou¬ver¬nement « la nef des fous ». Notre gou¬ver¬nement actuel est pire, bien pire.
Golda et Dayan nous ont conduits à la catas¬trophe. Après la guerre, leur guerre, ils ont été chassés – non pas par des élec¬tions, non pas par une quel¬conque com¬mission d’enquête, mais par les pro¬tes¬ta¬tions popu¬laires de masse qui ont sévi dans le pays.
Bibi et Ehoud nous conduisent à une autre catas¬trophe, bien pire. Un jour, ils seront chassés par les mêmes per¬sonnes qui les adorent main¬tenant – s’ils survivent.
Uri Avnery
samedi 29 septembre 2012

Le passé génocidaire de la France en Algérie

Posté le 8 janvier, 2012 dans Afrique, Guerres, Histoire, Résistance

La colonisation de l’Algérie par la France débuta en juin 1830 lorsque la soldatesque française débarqua à Sidi-Ferruch dans la région d’Alger. Après la capitulation du Dey d’Alger le 5 juillet 1830, face à la résistance du peuple algérien, la « pacification » du pays fut obtenue au prix de la systématisation des « razzias » par le général Lamoricière et de la mise en place d’une politique de la « terre brûlée » par le maréchal Bugeaud. La première phase de la conquête, appelée « pacification », se termina en 1857 après le « nettoyage de la Kabylie ». Durant la période allant de 1830 à 1871, la France se lança dans une politique génocidaire émaillée de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité plus horribles les uns que les autres.

Les réfugiés-bambins, enfants des vagues

Posté le 16 juillet, 2011 dans Guerres, Immigration - Intégration, Moyen Orient

Ils étaient tout petits, vraiment petits pour prendre la mer. Même Ascanius qui partit, tenu par la main de ceux qui quittèrent une ville en flammes pour entrer dans l’histoire, comptait plus d’années qu’eux. Et pourtant, Ali, Pari, Jabreel…les vingt enfants afghans, syriens, iraniens débarqués sur les côtes calabraises ont tout autant le droit à une place dans l’histoire. Eux aussi fuient des sièges bien plus longs qu’une décennie. Quand tout commença, ils n’étaient pas nés, eux qui n’ont pas plus de trois ans,  et leurs frères non plus. Peut-être même ni leurs pères, ni leurs mères n’avaient encore vu le jour.
Ces conflits dans leur terre d’origine précèdent des générations contraintes à vivre dans les guerres des autres, des guerres qui ont le goût amer des torts subis. Nous ne découvrirons ce qu’ont vu les minuscules yeux par les jours d’asphyxiant calme plat que si ceux qui ont le pouvoir d’informer racontent ces histoires. Nous pourrons savoir ce qu’ils révèleront à qui aura le courage de ne pas les raccompagner à la frontière. La frontière de la mer est insaisissable et plus injuste que n’importe quel poste de douane en rase plaine. Les vies qui confient aux vagues le droit de continuer à vivre devraient recevoir la bénédiction des hommes, de toute l’humanité qui a l’occasion de les rencontrer. Qu’ils soient des réfugiés ou des migrants, mais surtout des enfants. Le futur que portent leurs quelques mois de vie a droit à un lendemain. A côté de la chaleur des bras maternels, ils ont le droit de recevoir nourriture et assistance. Avec cette aide et un accueil souhaitable, l’Odyssée des petits naviguants pourra devenir une ode éloquente. Il y aura alors de quoi écrire, sans toujours parler de Karzai.
Enrico Campofreda, 16 juillet 2011
traduit de l’italien par Rosa

APPEL

Posté le 22 juin, 2011 dans Guerres

«Stoppons l’agression maintenant»

Stoppons l’agression!
Notre guerre de Lybie continue, en pleine illégalité, tout comme elle a commencé.
Nous l’avons menée sur la base d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui viole la Charte des Nations Unies car la Lybie ne menaçait en rien la paix et la sécurité internationale.

Nous l’avons menée sur la base d’une vague de fausses informations qui n’ont jamais été vérifiées: il n’y avait pas 10 000 morts, il n’y avait pas de fosses communes, il n’y a jamais eu de bombardements sur des manifestations civiles.

IN MORTE DI OSAMA BIN LADEN

Posté le 5 mai, 2011 dans Guerres

Se l’impero e il suo sciame di servi e di pretoriani necrofili esultano per aver tolto di mezzo il “nemico pubblico numero uno”, milioni di musulmani e di diseredati sono invece in lutto. Per loro, come ha detto Ismail Haniyeh, è stato ammazzato, quali che siano le nefandezze da lui compiute, un “combattente della guerra santa”. Dove sta la verità?  E da che parte dobbiamo stare noi?